Quelques impressions

Raffin Pierre - Metz

Sans attendre la livraison d’un prochain numéro d’Eglise de Metz, je voudrais partager mes impressions sur la visite apostolique de Benoît XVI en France.

L’origine de ce voyage, c’était l’invitation faite au Saint-Père de venir à Lourdes à l’occasion du cent cinquantième anniversaire des apparitions de Marie à Bernadette Soubirous. L’étape parisienne s’est ajoutée ensuite sur la demande pressante du chef de l’Etat, lors de sa visite au Vatican.

A Lourdes, Benoît XVI est venu en pèlerin. Il a suivi les étapes de la démarche jubilaire et, dans ses diverses interventions, il a manifesté une connaissance très profonde du message de Lourdes. On s’en rendra facilement compte lorsque l’on aura publié l’ensemble de ses interventions à Lourdes.

D’une façon habituelle, Benoît XVI est pénétré d’une très forte conviction concernant la vocation de l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il voudrait pouvoir la faire connaître au plus grand nombre, persuadé qu’est là le chemin de la liberté véritable. Parlant du privilège de l’Immaculée Conception à la messe du 14 septembre, il déclarait : « Ce privilège nous concerne aussi, car il nous dévoile notre propre dignité d’hommes et de femmes, marqués certes par le péché, mais sauvés dans l’espérance (titre de sa deuxième encyclique), une espérance qui nous permet d’affronter notre vie quotidienne. C’est la route que Marie ouvre aussi à l’homme. S’en remettre pleinement à Dieu, c’est trouver le chemin de la liberté véritable. Car, en se tournant vers Dieu, l’homme devient lui-même. Il retrouve sa vocation originelle de personne créée à son image et à sa ressemblance ».

Des échos tendancieux ont déjà été donnés du discours papal aux évêques de la Conférence des évêques de France. Pour certains, c’est une reprise en main, pour d’autres un discours conservateur, voire pré ou anti-conciliaire. Aucun des évêques avec qui j’ai eu l’occasion d’échanger à la suite de cette rencontre n’a ressenti les choses ainsi.

L’ambiance dans laquelle Benoît XVI a exprimé ses propos était chaleureuse et fraternelle. Il s’adressait à ses frères dans l’épiscopat (il a repris plusieurs fois cette appellation). Il a parfaitement compris nos préoccupations. Il a approuvé notre souci de la catéchèse, mettant pour ainsi dire à égalité avec le Catéchisme de l’Eglise catholique le Catéchisme que nous avons publié en 1991. Il nous a invité à relancer inlassablement l’appel au ministère ordonné. Qui ne saurait être d’accord avec ce qu’il nous a dit : « On ne dira jamais assez que le sacerdoce est indispensable pour l’Eglise. Les prêtres ne peuvent déléguer leurs fonctions aux fidèles en ce qui concerne leurs missions propres… A l’école du curé d’Ars, fils de votre terre et patron de tous les curés du monde, ne cessez pas de redire qu’un homme ne peut rien faire de plus grand que de donner aux fidèles le corps et le sang du Christ, et de pardonner les péchés ».

Faire confiance aux jeunes

Le Motu proprio Summorum Pontificum élargissant l’usage de la messe tridentine est un sujet qui fâche. Benoît XVI a redit à propos de cette mesure son souci de ce que « la tunique sans couture du Christ ne se déchire pas davantage ». Quel que soit notre sentiment sur cette opportunité, comprenons cette perspective qui, par ailleurs, ne porte nullement atteinte à la réforme liturgique du Concile. Les médias confondent tout : messe tridentine, messe en latin. La messe telle que l’a promulguée Paul VI en 1970 peut être célébrée dans toutes les langues y compris en latin qui est la langue originelle. A Lourdes, d’aucuns se sont offusqués de l’abondance du latin à la messe que présidait le Pape, oubliant que cette messe rassemblait des fidèles de très nombreux pays. C’est une grâce de pouvoir tous prier et chanter dans la même langue.

Qui pourrait s’étonner de l’insistance du Pape concernant la famille, alors que la société occidentale est malade des maladies de la famille ? Guérir la famille, c’est guérir notre jeunesse et apporter la paix aux quartiers dits sensibles. Des courants puissants, parfois courtisés par le pouvoir politique, traversent notre société qui voudraient détruire, sous prétexte de modernité, ce qui est inscrit dans la nature profonde de l’humanité. Il faut être aveugle pour ne pas en voir les méfaits. L’Eglise en tout cas n’a reçu d’autre mission que de dire à temps et à contretemps ce que le Créateur a établi. Beaucoup ont déjà exprimé leur déception par rapport au rappel de la règle établie par l’Exhortation apostolique Familiaris consortio concernant les divorcés remariés. Benoît XVI a redit ce que Jean-Paul II a si souvent rappelé, l’Eglise n’a pas autorité pour modifier le principe évangélique de l’indissolubilité du mariage. Les divorcés remariés ne sont pas pour autant excommuniés, Benoît XVI nous a invités au contraire à les entourer de la plus grande affection. C’est d’ailleurs ce que visent les orientations diocésaines, même si elles excluent tout acte liturgique au moment de leur remariage.

Comme à Paris dans son intervention à l’Elysée, Benoît XVI nous a redit sa préoccupation des jeunes que nous partageons tous. Il nous invite à faire confiance aux jeunes.

Concernant la laïcité, c’est surtout dans la réponse au Président de la République à l’Elysée qu’il faut étudier la pensée de Benoît XVI sur cette question délicate. Nous sommes en tout cas totalement à l’unisson comme en témoigne notre déclaration du 15 juin 2005 : « L’Eglise catholique et la loi du 9 décembre 1905, cent ans après ».

Benoît XVI a approuvé nos initiatives pour la promotion de l’unité des chrétiens et du dialogue interreligieux.

Il nous a encouragé à oeuvrer en vue d’une véritable libération spirituelle : « L’homme a toujours besoin d’être libéré de ses peurs et de ses péchés. L’homme doit sans cesse apprendre ou réapprendre que Dieu n’est pas son ennemi, mais son Créateur plein de bonté. L’homme a besoin de savoir que sa vie a un sens et qu’il est attendu, au terme de son séjour sur la terre, pour partager à jamais la gloire du Christ dans les cieux ».

Le Pape n’a pas caché son admiration et sa gratitude pour tout ce que les évêques de France font déjà en ce sens.

* * *
J’entendais l’autre soir à France Info les réactions du directeur d’un hebdomadaire catholique sur le discours de Benoît XVI aux Bernardins. Il en critiquait les perspectives trop compliquées à ses yeux et incompréhensibles de l’homme de la rue. Ce n’était pas là faire preuve de grande intelligence, mais oublier que Benoît XVI s’adressait alors à un auditoire très particulier qui attendait ce type de discours. Parler à la suite du célèbre Dom Jean Leclercq, moine de l’Abbaye de Clervaux à Luxembourg, de l’amour des lettres et du désir de Dieu, c’est redire non seulement le sens de la vie monastique, mais encore le but de la théologie chrétienne. En d’autres lieux, comme à Lourdes, Benoît XVI a su parler aux petits et exprimer sa connivence avec Bernadette Soubirous, qui ne savait pas assez de catéchisme pour être admise à la première communion.

fr. Pierre RAFFIN, o.p.
évêque de Metz

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