« La charité englobe la fraternité et la solidarité »

Eclairage spirituel du Père Olivier Ribadeau Dumas, secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France, ancien vicaire épiscopal à la solidarité du diocèse de Paris, sur la charité dans la mission de l’Eglise catholique…et de tous les baptisés !
 

Solidarité ou fraternité ?

Charité ! Ce qui meut l’Eglise profondément, c’est ce qu’elle a reçu elle-même du Christ, c’est-à-dire l’amour qui vient du Christ. C’est ce qu’elle est chargée de mettre en œuvre. Cette charité englobe en elle-même la fraternité et la solidarité. Elle n’exclut pas la solidarité qui a cette dimension d’une humanité reliée : tous les hommes sont solidaires les uns des autres. Dans la Doctrine sociale de l’Eglise, on parle du « principe de solidarité ». Nous ne sommes pas indépendants les uns des autres. Il faut remonter à la Bible lorsque Dieu s’adresse à Caïn qui vient de tuer Abel et qui dit : « Qu’as-tu fait de ton frère ? » (Genèse 4, 1-16). Caïn répond : « Suis-je le gardien de mon frère ? » Mais oui, nous sommes le gardien de nos frères ! C’est ce qu’exprime cette solidarité : l’union de tous les hommes entre eux. La fraternité – au fronton de tous les édifices publics – exprime que ce lien est comme un lien du sang. Elle prend pour nous, chrétiens, une dimension particulière, parce que si nous sommes frères, c’est d’abord parce que nous sommes fils. Ce lien s’enracine dans cette filiation, dans le fait que nous sommes tous fils de Dieu. Donc, je réponds « charité », parce qu’elle englobe la solidarité et la fraternité.
 

C’est le travail des évêques, du peuple de Dieu ou de l’Etat ?

Chacun a sa place. Je trouve très impressionnant qu’à l’ordination d’un évêque, il soit demandé à celui qui va être ordonné s’il accepte d’être attentifs aux plus pauvres et de prendre soin d’eux. Il est donc constitutif de la mission épiscopale, non seulement d’aller à la recherche de la brebis perdue mais aussi d’être attentif aux plus pauvres. En même temps, c’est le rôle de tout chrétien de vivre cette dimension-là, parce que la charité ne peut pas être déléguée à des professionnels et que nous sommes baptisés dans le Christ, que nous sommes donc disciples du Christ, Lui qui a lavé les pieds de ses apôtres. Nous avons à vivre cette dimension-là. Personne ne peut s’en débarrasser en disant que certains le font et le font très bien. Chacun, parce qu’il vit de l’amour de Dieu, doit vivre cet amour pour le prochain, ce service du frère. Cela s’incarne de façons très différentes. Quelqu’un en lien avec des personnalités fortunées me parlait d’une réelle pauvreté chez elles : une pauvreté morale. Etre témoin de la charité du Christ, ce n’est pas être témoin uniquement d’une pauvreté qui se voit mais c’est, dans le quotidien, être attentif aux autres, convertir son regard – j’y tiens beaucoup – pour que le regard du Christ puisse nous transpercer et nourrir la personne en face de nous. Cette charité n’a pas de frontière. C’est ça qui est magnifique dans la foi chrétienne : il y a un horizon de la charité, qui est un horizon de la solidarité et de la fraternité. Un horizon infini. Cela n’élimine pas la responsabilité des institutions publiques qui ne relèvent pas de la charité mais de la justice. Il appartient à l’Etat de promouvoir la justice sociale en vue du Bien Commun, mais cette justice n’est pas exclusive de la charité ; elle l’appelle.
 

Faire pour les plus pauvres ou faire avec eux ?

Il faut faire avec eux. Mais il faut permettre aussi aux plus pauvres de parler. Il faut faire et leur donner la parole sur les situations de vie mais aussi sur la foi. Comment permettons-nous aux personnes mal logées, sans ressources, avec des troubles psychiques, aux détenus de dire ce qu’est la foi ? Je crois qu’il n’y a pas simplement à faire mais aussi à dire.

Hébergement d’urgence ou logement, accompagnement et prise en compte de la personne ?

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C’est exactement ça : la prise en compte de la personne. Le pape Benoît XVI vient de publier un Motu Proprio sur l’exercice de la charité. Comme il le disait lui-même dans sa première encyclique Deus Caritas Est, la charité n’est pas une technique mais une attitude du cœur. Cette attitude du cœur ne consiste pas à délivrer des prestations sociales à quelqu’un mais à prendre en compte la personne dans toutes ses dimensions, y compris la dimension spirituelle, pour permettre que cette personne non seulement puisse vivre selon sa dignité mais puisse réaliser profondément le dessein de Dieu sur elle : un homme, une femme debout, à l’image et à la ressemblance de Dieu. Je rappelle qu’en France une loi de 2002 prévoit qu’on porte, pour toutes les personnes, y compris celles de la rue, une attention à la dimension spirituelle. Et donc la dimension spirituelle de la personne en fait partie. Nous ne sommes pas des êtres saucissonnés en tranches mais des personnes, constituées d’un corps, d’un esprit, d’une âme. C’est ce à quoi il faut faire attention. Je pense que les travailleurs sociaux sont attentifs à la dimension globale de la personne humaine.
 

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