La Fraternité, fondement et route pour la paix

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Depuis plus de 40 ans maintenant, les papes donnent un message pour le 1er janvier, Journée mondiale de la Paix pour l’Eglise catholique. Mis bout à bout, ces messages constituent une petite encyclopédie sur la paix, ses composantes, ses conditions et ses fruits.
 

Le message pour le 1er janvier 2014 retient l’attention car il s’agit du premier message du pape François. Il est consacré à la fraternité, composante et préalable à une vraie paix.
 

Un résumé de l’enseignement consacré à la paix

Ce message, assez court, peut se lire comme un bon résumé de ce que l’Eglise catholique de la paix depuis le Concile Vatican II. Cette paix est comprise dans un sens très large. Il ne s’agit pas simplement du silence des armes, une tranquillité entre deux guerres ou encore d’une paix uniquement entre Etats. La vraie paix est une qualité de la vie en société qui ouvre sur la paix civile, la paix intérieure et la paix internationale. Le pape François rappelle ce que ses prédécesseurs avaient déjà longuement exposé : la vraie paix implique le respect des Droits de l’Homme, la justice sociale, le souci des personnes vulnérables et fragiles, des efforts sincères de désarmement, le soin de la nature. La paix ne résulte pas simplement d’un rapport de forces dans la société, nationale ou internationale, mais encore d’une véritable culture de paix. Elle touche les esprits et les cœurs et requiert une conversion des mentalités.
 

Des accents particuliers

Dans le message pour la 47ème Journée mondiale de la Paix, on remarquera quelques petites inflexions ou insistances par rapport aux nombreux messages antérieurs. Le pape François établit un lien fort entre l’enseignement sur la paix et l’enseignement social de l’Eglise. La lutte contre la pauvreté est un préalable à la fraternité et à la paix. L’accent est mis sur la lutte contre les inégalités excessives, sur la résistance à l’avidité de biens matériels et contre l’appauvrissement des relations interpersonnelles. Comme si l’avidité et la recherche des richesses matérielles étaient à l’origine de bien des dérèglements. Le pape François ne dit pas autre chose que l’économiste J. Stiglitz qui stigmatise la cupidité, cause profonde de la crise économique et financière. Parmi les maux contemporains, le pape François met en exergue la corruption et l’existence de mafias.

Un accent particulier est mis sur la juste attitude à adopter vis-à-vis de la nature : non pas posséder, dominer, manipuler… mais prendre soin de la nature, la respecter, la considérer comme un don gratuit. Voilà les premières harmonies écologiques de notre pape respectueux de la nature, en bon disciple de Saint François.

On remarquera aussi les appels à un style de vie sobre, fondé sur le détachement, sur le partage et qui ouvre sur la fraternité avec les autres. Voilà une proposition d’un nouveau mode de vie qui n’est pas un éloge de la pauvreté et qui n’est pas réservé aux personnes consacrées : il est offert à tous les chrétiens.

La « fraternité » du titre du message de cette année est universelle et ne peut être limitée aux membres de « mon » groupe, rassemblé par la culture, la couleur de peau ou la confession.
 

Une phrase sujette à malentendu ?

« La fraternité véritable entre les hommes suppose et exige une paternité transcendante ». Cette phrase sera comprise comme une prétention des catholiques à être les seuls fraternels, ou à être de meilleurs frères que les athées ou les agnostiques. Mauvaise interprétation ! Le sens commun nous apprend que certains athées sont plus fraternels, solidaires ou charitables que bien des croyants !

Cette phrase, traditionnelle sous la plume des papes, signifie simplement que la fraternité universelle ne trouve pas en elle-même les raisons de son universalité. Paradoxe des démocraties universalistes qui impliquent une transcendance que pourtant des sociétés séculières ne peuvent et ne veulent pas nommer. Les agnostiques J. Habermas et R. Debray ne disent pas autre chose : « Pas de lien visible sans un Invisible par-dessus… Pour qu’un je et un tu fassent un nous, il faut un Autre… » (Le moment fraternité, Gallimard, p. 79). On ne s’étonnera pas qu’un pape nomme cette sacralité. La fraternité ouverte à tous est régénérée en et par Jésus Christ (&3).

Père Antoine Sondag, Directeur du Service national de la Mission Universelle de l’Eglise (SNMUE)

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