Différence homme femme : éclairage de Mgr Perrier

Il faut toujours revenir aux textes d’origine, sans se laisser impressionner par l’imagerie. « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa.
Dieu les bénit et leur dit… » (Genèse 1, 27-28).
Pour tous les autres vivants, l’Écriture parlait des « espèces » mais jamais de la différence sexuelle.
Avec l’être humain, quelque chose de neuf apparaît : la différence des sexes est une intention de Dieu ; elle est mise en rapport avec ce qui fait l’originalité de l’être humain, le seul des vivants à être créé à l’image de Dieu.
Dieu s’adresse à l’homme et à la femme, conjointement.
Le chapitre suivant de la Genèse est encore plus imagé. Il nous montre Dieu plongeant l’homme dans le sommeil, lui retirant une côte et « façonnant » la femme à partir de ce fragment du corps masculin. Gardons-nous de rire. Cela signifie que l’homme n’a pas trouvé de répondant parmi tous les autres vivants et que la femme est à parité avec lui puisqu’elle vient de lui. C’est pourquoi ils pourront s’unir et devenir « une seule chair ».

La Bible et, à sa suite, l’Église reflètent, dit-on, un point de vue exclusivement masculin. Dieu est invoqué comme « Père » et les femmes sont invitées à être soumises à leurs maris.
La « différence homme-femme » est donc une question minée.
Essayons de la déminer, justement en lisant l’Écriture.

Découvrir sa plénitude dans la relation à l’autre

L’homme et la femme sont nécessaires l’un à l’autre. Chacun des deux sexes se découvre dans sa relation à l’autre.
Mais le rapport homme-femme ne joue pas seulement au sein du couple : il s’exerce aussi dans les multiples relations familiales, dans l’entourage, dans la société.
C’est un malheur, hélas trop fréquent, pour un enfant, de ne pas être en relation, et avec son père, et avec sa mère. Ramener les relations entre les sexes aux seuls rapports de couple est un appauvrissement.

Hommes et femmes doivent se soutenir mutuellement. Adam a manqué à ce devoir. Dans le récit de la chute, l’homme, par son absence et sa faiblesse, est aussi coupable que la femme qui s’est laissé séduire par la beauté du fruit.
Nous pourrions continuer le parcours biblique en citant un des principaux commandements : « Honore ton père et ta mère » .
Nous pourrions aussi montrer le rôle décisif des femmes le matin de Pâques. Ce sont les femmes qui portent le message aux apôtres qui, d’ailleurs, ont de la peine à les croire : « Il est ressuscité ».

C’est le cœur de l’Évangile. C’est l’acte de naissance de l’Église.

La différence sexuelle est un des aspects de notre condition humaine

Voilà quelques arguments très forts en faveur de l’égale dignité de l’homme et de la femme. Mais l’Écriture montre aussi la distinction qui existe entre eux.
D’une manière générale, d’ailleurs, Dieu désire l’unité mais déteste la confusion. Dans les textes, il est difficile de faire la part entre ce qui relève des mentalités qui ont évolué et ce qui est vrai, pour toujours.

Ce qui restera vrai à jamais, c’est que Dieu compare l’alliance qu’il veut nouer avec Israël (et, dans le Christ, avec toute l’humanité) au mariage qui unit un homme et une femme.Dans les deux cas : unité, mais sans confusion. Il faut même dire : une certaine dissymétrie. Dieu ne se met pas à la place du peuple et le peuple ne doit pas se mettre à la place de Dieu !
La différence sexuelle est un des aspects de notre condition humaine. Nous sommes des créatures. Hommes ou femmes, nous sommes intégralement des êtres humains. Mais nous le sommes sous des angles différents. Bien d’autres causes font que les humains sont différents : l’âge, l’éducation, la santé, etc.
Mais tout cela est changeant, au cours d’une vie. La différence sexuelle, elle, ne passe pas. Ni les hommes, ni les femmes ne gagneraient à la nier, même s’il n’est pas facile de préciser en quoi elle consiste.
Si nous sommes créés à l’image et ressemblance de Dieu, il n’est pas étonnant qu’il demeure en nous une part de mystère.
Dans l’Écriture, Dieu se présente comme Père, Époux d’Israël : rôles spécifiquement masculins mais qui n’excluent pas, dans les textes, la tendresse maternelle.
Êtres sexués, nous sommes des êtres inachevés, en attente. Ce n’est pas un défaut. C’est notre vérité d’êtres humains. Quand il s’est fait « chair », le Fils de Dieu n’y a pas échappé. Il fut un être humain, de sexe masculin.

Nos différences sont une intention de Dieu

Revenons aux textes des origines. Il nous est dit, dans le langage propre de l’Écriture, qu’après la chute, le rapport entre l’homme et la femme a perdu de son harmonie.
Il sera faussé par le jeu du désir de posséder par la séduction ou la domination.
Comme dans tous les conflits, le Christ peut apporter la paix à ceux qui le suivent. En ce sens, saint Paul dira : « Il n’y a plus l’homme et la femme », comme deux rivaux qui se méfient l’un de l’autre.
Et la preuve que le masculin ne doit pas être dominateur, c’est que la première créature dans l’ordre de la sainteté, est celle que Jésus appelle tout simplement « femme » : Marie. Jésus renverse les hiérarchies habituelles : les premiers seront les derniers, et réciproquement.
Donc, reconnaissons notre différence, voyons-y une intention de Dieu et excluons toute jalousie.

Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes
Simples questions sur la vie, 2005