Une école qui n’exclut pas

Philippe DelonL’annexe Oscar Romero, de l’ensemble scolaire « La Salle Saint-Rosaire » à Garges-les Gonesse, s’adresse aux décrocheurs scolaires de tous milieux : milieux défavorisés financièrement et culturellement ; issus de l’immigration ou gens du voyage sédentarisés ; milieux plus favorisés, voire favorisés,  mais dont les enfants souffrent de troubles cognitifs légers. Philippe Delon, responsable et coordinateur pédagogique témoigne. Par Chantal Joly

Si ce n’est aux heures de récréation, difficile de deviner qu’une école occupe trois pavillons d’une petite zone résidentielle de Garges-les Gonesse, non loin des grandes cités. « Ce sont les jeunes de l’époque qui avaient fait ce choix d’un lieu qui ressemble à une maison et c’est cette structure familiale qui fait notre force », précise le responsable et coordinateur pédagogique Philippe Delon. Enseignant de lettres dans le doute quant à son orientation professionnelle, il a renoué avec la passion du métier et la vision « de gens d’Église proches des hommes » il y a 9 ans, grâce a l’ensemble scolaire « La Salle Saint-Rosaire », avant d’intégrer la rentrée suivante l’annexe Oscar Romero. Cette structure, créée il y a 35 ans par Nicolas Capelle, Frère des Écoles Chrétiennes, « s’adresse en 2015 quasiment au même public » : des décrocheurs du secteur de tous milieux : milieux défavorisés financièrement et culturellement ; issus de l’immigration ou gens du voyage sédentarisés ; milieux plus favorisés, voire favorisés,  mais dont les enfants souffrent de troubles cognitifs légers. Pour autant, « les questions fondamentales : pourquoi, comment et avec qui faire école, se reposent, explique-t-il, sans cesse ».

 Une éducation à l’écoute

Face à « un monde de la violence physique et verbale », l’idée majeure est d’offrir « un lieu d’apaisement » avec « des adultes qui, malgré des hauts et des bas, restent cohérents et présents » et une pédagogie différenciée et interactive qui privilégie la discussion. Anniversaires, visionnage de films et un temps de « parole libre » favorisent cette éducation à l’expression et à l’écoute. « Les enfants tutoient tout le monde, y compris moi », précise le directeur. Il n’est pas rare que les enseignants offrent le petit déjeuner. Les heures de colle n’existent pas et il faut un cas de violence « réitérée et volontaire » pour être exclu. Philippe Delon raconte qu’« un ancien élève aujourd’hui adulte se souvient qu’ici, on ne l’a jamais lâché ». Lui-même témoigne avoir redécouvert, à travers cette exigence de garder « bienveillance, respect, calme et retenue », la richesse d’un texte d’Évangile comme celui qui dit : « Si quelquun te gifle sur la joue droite, tends-lui encore lautre » (Matthieu, 5, 39).

Scolairement, les classes de primaire et collège fonctionnent par petits groupes. Les deux entités, situées sur des sites distants, ont des cours et activités communes. Les Troisièmes réalisent ainsi un journal avec les petits. Quant aux disciplines, elles collaborent ; par exemple en conjuguant maths et arts plastiques pour construire des maisons en 3D.

Aux côtés des enseignants, stagiaires et AVS (Auxiliaires de Vie Scolaire), la communauté de frères installée en cité à Garges reste, bien que réduite, « un recours formidable ». Frère Bernard mange à la cantine tous les jours, organise des sorties à des salons des métiers et y accompagne les jeunes. Quant à Frère Jean, il vient régulièrement donner des conseils de jardinage. Philippe Delon ne se pose qu’une question : « Pourquoi ce type d’école n’existe pas ailleurs ? »

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