Les monastères se mettent au vert !

Bec HellouinC’est un public inhabituel qui sillonnait la ferme de Charles et Perrine Hervé-Gruyer au Bec-Helloin en ce matin du 16 février 2017. En cet hiver normand, sous le ciel frais et brumeux de la petite vallée, des habits de moines et moniales olivétains, bénédictins, cisterciens et même orthodoxes déambulent au milieu des allées et des serres, hument les senteurs des plantes aromatiques croisées ici ou là, guettent l’arrivée des premiers bourgeons sur les branches des arbres fruitiers. Un moment de silence, d’émerveillement et de prière pour inaugurer une session sur l’écologie et la permaculture.

Cette rencontre, organisée à l’improviste quelques semaines plus tôt par l’Abbaye de Maÿlis (Landes) rassemblait une cinquantaine de participants. Constituée pour moitié de religieux et de laïcs elle visait à offrir aux uns et aux autres une occasion de rencontres et d’échanges sur la manière de vivre et déployer les questions écologiques dans nos vies, nos communautés, nos activités… Le partage des idées et expériences fut un enrichissement pour tous et une occasion de dynamiser l’approche de leur travail des frères et sœurs jardiniers de leurs monastères.

Grâce à l’exemple de la ferme permaculturelle du Bec, la session a permis de constater qu’il est possible de mettre en place des microfermes pratiquant un maraichage bio-intensif hautement productif avec des moyens simples et économiques. Elles permettent, sur de petites surfaces cultivées, de développer une activité rentable économiquement et de nourrir de manière saine toute l’année une famille, une communauté monastique ou bien plus. Non contentes de nourrir les hommes, elles peuvent contribuer efficacement à rendre à la terre une beauté, une richesse et une fécondité plus grandes.

Pour enrichir l’action de grâce envers le Créateur des participants, Hervé Coves, franciscain et agronome raconte, comme en un magnifique poème, les relations entre un vieil arbre et la biodiversité qui l’entoure ou encore l’extraordinaire cycle du phosphore qui circule aussi bien grâce au saumon de nos montagnes qu’au plancton dont se nourrissent les oiseaux migrateurs. Plus que tous les discours c’est la contemplation de la nature elle-même qui invite les hommes à vouloir la préserver : la vie est si belle !

Le dernier jour, Elena Lasida et le Fr Dominique Lang, assomptionniste, donnent une conférence sur l’encyclique Laudato Si et invitent chacun à s’interroger –les moines et moniales en particulier- sur la manière dont leur communauté pourrait être un laboratoire d’écologie intégrale. Les monastères, exemple même d’une vie où tout est relié et unifié, ne pourraient-ils pas être des archétypes de « maisons communes » qui montrent au monde ce qu’il pourrait vivre en grand ?

Face au péril environnemental qui menace nos écosystèmes les monastères ont certainement un rôle à jouer. C’est dans l’enthousiasme de ce défi à relever que les participants de cette session ont rejoint leurs cloîtres et leurs jardins. Affermis par les liens tissés lors de ces rencontres, enrichis des multiples expériences partagées, prêts à contribuer à leur modeste place à inventer la civilisation de demain dans laquelle l’Homme et la Création uniront leurs voix pour louer leur Créateur.