Enjeux et défis écologiques pour l’avenir : propositions

Enjeux et défis écologiques pour l'avenirCette rubrique présente quelques propositions faites par les évêques de France en 2012 pour agir en chrétiens pour la Création. L’ensemble de ces propositions est disponible dans le document “Enjeux et défis écologiques pour l’avenir” (Conférence des Évêques de France – Groupe de travail écologie et environnement – Bayard, Cerf, Fleurus-Mame, 2012).

Face à tous ces enjeux et à l’urgence de poser des changements dans nos modes de vie, l’Eglise est appelée elle aussi à montrer par des signes son engagement aux côtés des différents acteurs de la société pour un authentique « développement durable ». Elle doit proposer aux communautés chrétiennes des pistes d’action par lesquelles celle-ci pourront manifester leur prise de conscience de la question environnementale et leur volonté d’agir.

L’espérance chrétienne dont nous sommes porteurs nous fait croire en l’avenir de l’homme et du monde. Cette foi nous avons à la partager avec tous les hommes de bonne volonté. Avec eux nous sommes invités à travailler dès maintenant à assurer cet avenir dans une alliance renouvelée entre l’homme et le reste de la création.

A cause de la profonde solidarité qu’il y a entre l’homme et le monde créé, théologie et catéchèse de la création sont désormais essentielles à toute proposition de la foi chrétienne.

Une catéchèse de la création doit expliquer sur la base de l’anthropologie biblique la responsabilité spécifique de l’homme par rapport au reste de la création et montrer en quoi cette vision du rôle profond de l’homme est conforme au projet de Dieu.

Elle devra nécessairement intégrer la notion d’écologie humaine, alliée à celle de développement intégral, montrer l’incohérence, voire la contradiction qu’il y a à « exiger des nouvelles générations le respect du milieu naturel » (Encyclique Benoît XVI, Caritas in veritate, 51), « si le droit à la vie et à la mort naturelle n’est pas respecté, si la conception, la gestation et la naissance de l’homme sont rendus artificielles, si des embryons humains sont sacrifiés pour la recherche » (CV 51). Cette catéchèse est nécessaire pour sensibiliser les chrétiens aux fondements de leur engagement pour le respect de la création et leur conversion à de nouveaux modes de vie. Elle pourra naître si se développe une recherche théologique qui saura démontrer le caractère unique et indivisible du « livre de la nature » « qu’il s’agisse de l’environnement comme de la vie, de la sexualité, du mariage, de la famille, des relations sociales, en un mot du développement humain intégral » (CV 51).

L’Eglise ne doit pas laisser les questions de gestion de la création, d’écologie et de « développement durable » uniquement à la bonne volonté de chacun.

Elle se préoccupera donc d’élaborer et de proposer des modules de formation sur ces sujets dans les centres diocésains de formation, dans les séminaires, dans les établissements catholiques d’enseignement, dans les universités.

Certains mouvements, tel le scoutisme ou le MRJC mettent déjà en œuvre des pédagogies de découverte de la création à travers la nature. Ce sont des initiatives à encourager.

La liturgie chrétienne est une célébration de l’œuvre de Dieu. Il s’agit de redécouvrir que dans ses expressions de louange, d’adoration et de prière, elle invite l’homme à vivre la relation au monde et à la nature comme le bénéfice d’un don du Dieu créateur et d’un amour créateur de fraternité entre les hommes.

Il y a donc à entreprendre un travail de valorisation de la dimension écologique de la liturgie.

En lien avec les autres confessions chrétiennes, et à l’image de ce qui existe dans plusieurs diocèses de France et d’Europe, nous encourageons l’instauration de fêtes de la création. Pourquoi ne pas reprendre la recommandation émise lors du rassemblement œcuménique de Sibiu en 2007 de les programmer entre le 1er septembre et le 4 octobre, fête de saint François d’Assise ?

Nous préconisons de donner un relief nouveau à l’expérience séculaire des « bénédictions » et du jeûne pour stimuler la relation à la nature et faire découvrir la fécondité d’une sobriété heureuse.

Nos célébrations seront enrichies en s’appuyant sur la variété des formes de l’expression artistique de la création et de la responsabilité de l’homme pour sa gestion. La liturgie deviendra ainsi éducatrice aux questions environnementales pour ceux qui y participent.

Pour réfléchir et intervenir de manière pertinente sur les questions environnementales, l’Eglise a le devoir de se donner les moyens d’une information fiable, approfondie et plurielle. Elle peut aussi disposer des compétences de divers groupes d’expertises, tels la Commission Justice et Paix ou l’Antenne Environnement et Modes de Vie, qui travaillent en lien avec le Service Famille et Société de la Conférence des Évêques de France.

Les experts de l’Antenne « Environnement et Modes de Vie », pour répondre à ce besoin d’information objective, sont sollicités pour rédiger des fiches qui outre l’exposé des données techniques et scientifiques concernant un sujet environnemental, fournissent les éléments du ou des débats sur tel ou tel sujet. Parmi les fiches déjà rédigées et diffusées on pourra trouver : « Le gaz de schiste », « Séismes, éruptions volcaniques et tsunamis », « Les marées vertes ». Elles sont destinées à l’information des évêques, des mouvements et services d’Eglise, et au-delà de tout public qui pourra y accéder grâce à la consultation du site internet du Conseil Famille et Société (www.pensee sociale.catholique.fr).

De même nous encourageons, à l’image de ce qu’ont déjà entrepris certains diocèses et mouvements d’Eglise, la formation de groupes de chrétiens pour réfléchir aux questions liées au respect de la création, échanger des expériences, rédiger et diffuser des documents diocésains ou locaux, proposer des initiatives et des campagnes qui mobilisent largement.

L’Eglise doit avoir conscience qu’elle n’est ni la première ni la seule à intervenir sur le terrain de l’environnement. D’où l’importance pour elle de bien repérer ceux qui sont des acteurs décisifs du futur et de bien situer sa propre parole.

Une parole d’Eglise sur les sujets environnementaux ne peut être une prise de position scientifique. Elle n’a pas compétence pour cela. Mais si elle veut que sa parole soit une parole d’alerte et d’espérance, entendue par un grand nombre, il est essentiel qu’elle soit en dialogue avec les principaux acteurs de la société : chercheurs, politiques, philosophes, économistes, techniciens.

Le groupe de travail « Environnement et écologie » a eu l’occasion de procéder à diverses auditions de tels acteurs. Nous avons pu constater qu’ils étaient demandeurs de rencontres avec les hommes de religion, qu’ils considéraient que ceux-ci avaient un avis à donner dans la recherche de solutions pour assurer un avenir durable à l’humanité.

Certains de ces experts, chrétiens par ailleurs, sont prêts à se mettre au service de l’Eglise pour approfondir la réflexion sur les sujets environnementaux à la lumière de la foi, accompagner les Eglises dans leurs décisions pratiques en vue de l’amélioration de leur propre bilan écologique et dans la définition d’orientations à l’usage de tous;

Les contacts établis à l’occasion de l’élaboration du dossier du groupe de travail touchent des domaines limités. Il appartiendra au département « Environnement et Modes de vie » du Conseil Famille et Société qui prendra en charge le dossier d’élargir ces relations avec les acteurs de l’environnement. Des contacts ont été pris mais ils ne touchent que des domaines limités. Ces relations avec les acteurs de l’environnement demanderaient à être poursuivies et organisées.

Un grand défi à relever c’est l’accompagnement des situations difficiles que vit le monde rural aujourd’hui. Dans certains cas, l’Eglise, en raison de son implantation locale, pourra offrir aux agriculteurs un espace d’écoute et de dialogue, non pas seulement sur les aspects techniques de la profession, mais sur le fond et le sens. Les mouvements ruraux d’Eglise, CMR, MRJC, y contribuent déjà très utilement. C’est aussi ce que propose une association d’inspiration catholique comme les« Journées paysannes », présente dans 12 régions en France.

L’Eglise peut aussi favoriser des ponts et des solidarités entre les producteurs et les consommateurs, et promouvoir la prise de conscience de responsabilités écologiques partagées. C’est la perspective dans laquelle travaillent les AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne).

Les espaces de rencontre, d’écoute et de dialogue entre des acteurs ayant des points de vue différents sont utiles et féconds, s’ils sont des lieux d’échange fraternels et respectueux de la parole de l’autre. Ils ne sont pas nécessaires seulement dans le monde rural, où il s’agit de surmonter des sentiments d’isolement et de culpabilité. Il s’agit également aujourd’hui d’habiter de manière nouvelle l’espace urbain qui rassemble la majorité de la population. Il est donc nécessaire de créer des lieux de parole où puisse se penser un « vivre ensemble » harmonieux. C’est une expérience que proposent actuellement des groupes chrétiens des doyennés de Roubaix et de Tourcoing au moment où s’élaborent les plans d’un nouveau quartier entre les deux villes. Pour d’autres sujets environnementaux en débat, où les positions sont souvent exacerbées, ils ont aussi une grande raison d’être. Il faudrait en particulier les créer aujourd’hui pour aborder les questions autour de l’énergie nucléaire. Dans une région de France l’Eglise a pris l’initiative de susciter un tel groupe autour de la problématique du stockage des déchets nucléaires.

La finalité de telles initiatives c’est d’aider les chrétiens à une meilleure prise de conscience des enjeux et des exigences qui s’imposent à chacun face à ces nouvelles questions de la vie en société.

L’Eglise n’a pas de compétence propre pour apporter des solutions globales aux différentes questions environnementales, tels les changements climatiques, l’épuisement des ressources naturelles, la perte de la biodiversité, les choix énergétiques. Mais elle doit être exemplaire dans ses actions et dans ses modes de consommation. Elle ne doit pas hésiter à faire connaitre ses réalisations heureuses en la matière, convaincue de la force de persuasion et du pouvoir d’entrainement de tout passage aux actes de sa part.

A l’image de réalisations pilote comme la Maison diocésaine de Châlons en Champagne, prix d’un concours d’architecture en 2006, le Collège des Bernardins à Paris, ou encore un Centre de formation du diocèse de Rennes, les chantiers de rénovation ou de construction des bâtiments diocésains et paroissiaux doivent résolument faire place à des techniques qui permettent une faible consommation d’énergie.

L’ancienneté et la vétusté de certains équipements pastoraux ne facilitent pas toujours la mise en œuvre de techniques modernes et performantes. La donne écologique doit intervenir de manière décisive, fût-ce au prix de quelques sacrifices économiques et patrimoniaux, dans les options retenues pour le devenir de ces équipements : isolation des bâtiments, choix des techniques de chauffage, etc.

De même les organisateurs de réunions d’Eglise doivent être très vigilants pour ce qui touche les modes de consommation, dans le cadre de leurs initiatives de rassemblement, en particulier pour les transports, la nourriture, le volume et la nature des déchets, etc., covoiturage, nature des matériaux utilisés pour les « repas tirés du sac », éclairage et chauffage des salles de réunion… recyclage… On peut retenir des enseignements de quelques expériences déjà menées en la matière. Les centres d’accueil chrétiens en particulier, seront incités à un fonctionnement et à une gestion de leur patrimoine bâti ou naturel écologiquement irréprochables. Il faudra organiser des échanges d’expériences, répertorier celles qui peuvent servir de références pour d’autres, entreprendre des démarches de sensibilisation, comme cela se pratique déjà dans d’autres Eglises européennes.

L’expérience monastique d’équilibre économique social, spirituel et environnemental, autrement dit de « sobriété heureuse » doit être mise en valeur comme mode de vie alternatif. Certaines communautés religieuses axant leur mission sur le respect de la création seront encouragées dans cette mission et invitées à en rendre compte pour le bénéfice de l’Eglise toute entière.

Notre monde vivra de la dynamique du Royaume de Dieu si, dans son développement, il intègre en même temps l’économique, le social/sociétal, et l’environnemental, et s’il a le souci du développement des populations les plus pauvres et les plus vulnérables et des générations à venir.

Construire ce monde suppose une conversion de nos mentalités marquées par l’individualisme et le consumérisme. Pour des chrétiens, les changements de nos modes de vie devraient être considérés comme une bonne nouvelle. Cet engagement relève en partie de décisions individuelles, et surtout de choix communs, à chaque niveau gouvernement, local, régional, national, européen, mondial. Partout des stratégies de développement se construisent et se mettent en œuvre plus ou moins rapidement ; ils portent le nom d’agenda 21, ou de plan climat. Le Grenelle de l’Environnement est l’exemple d’un modèle de travail collectif qui a mis autour d’une table différentes parties prenantes aux intérêts divers, voire divergents, industriels, collectivités locales, associations environnementales, syndicats, experts.

Beaucoup de chrétiens travaillent à cette construction collective d’un monde nouveau, dans un engagement politique ou associatif, au sein des entreprises ou des collectivités territoriales, ou encore dans des organismes mondiaux. L’Eglise doit affirmer haut et fort l’importance majeure de cette transformation du monde car comme le dit Albert Jacquard « Ce n’est pas la planète qu’il faut sauver, mais l’humanité ». Elle doit ainsi encourager les chrétiens à s’engager dans cet immense travail collectif pour construire un monde plus durable ou « soutenable ». Elle doit utiliser les moyens actuels de communication : Internet, réseaux sociaux pour relancer les appels à de tels engagements.

Le présent document est le fruit du travail d’un groupe d’évêques constitué à la demande des évêques de France lors de l’Assemblée plénière tenue à Lourdes en Mars 2010. Ce travail s’est appuyé sur l’écoute d’experts et de groupes de chrétiens engagés sur ces questions. Il veut montrer l’importance que l’Eglise attache au travail de construction d’un monde plus « durable ». L’Eglise doit avoir conscience qu’elle est attendue pour dire une parole qui porte du sens et pour poser des actes en correspondance avec cette parole. Car ce qui est en jeu, ce n’est pas simplement la préservation de l’environnement, c’est aussi le sens de l’homme et de la vie, c’est la question de la justice et du bonheur.

Nous avons conscience que la réflexion qui a été menée ici doit être complétée et approfondie avec l’aide des mouvements et communautés chrétiennes, en dialogue avec des hommes et des femmes, individus et collectifs, soucieux de comportements et de choix cohérents face aux défis environnementaux d’aujourd’hui.