L’accord de Paris sur le climat : de la COP 21 à la COP 22 à Marrakech

COP21 à Paris

COP21 à Paris

L’Accord de Paris de décembre 2015 de lutte mondiale contre le changement climatique a été approuvé lors de la COP 21 par 195 pays et l’Union européenne. Cet accord restait à ratifier par au moins 55 pays représentant 55 % des émissions de gaz à effet de serre. En un temps record, il est entré en vigueur le 4 novembre 2016, ratifié par 110 États. C’est la première fois qu’un accord au niveau de l’ONU se trouve lancé moins d’un an après sa signature.

Au cours de l’Angélus du 6 novembre 2016, le pape François salue l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris « Cet important pas en avant montre que l’humanité a la capacité de collaborer pour la protection de la création (Laudato Si’ n° 13), pour mettre l’économie au service des personnes et pour construire la paix et la justice ».

L’Accord de Paris engage les États qui l’ont ratifié à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) pour contenir le réchauffement de la Terre bien en deçà de 2° C et à poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation de température en dessous de 1,5° C par rapport à la période préindustrielle. Pour cela, il les engage à atteindre le pic global des émissions « au plus tôt », et à obtenir une neutralité carbone dans la 2ème moitié du siècle.

À partir de 2020, les pays du Nord verseront aux pays du Sud 100 milliards de $ par an pour accélérer leurs développements et leur permettre de mener des politiques de lutte contre le réchauffement climatique. L’Accord de Paris prévoit un bilan et une réévaluation des objectifs tous les cinq ans à partir de 2023. Le premier bilan mondial des émissions doit ainsi intervenir en 2018.

Le climat n’est pas sauvé pour autant. Compte-tenu des engagements actuels des États, la trajectoire actuelle tend plutôt vers 3° C à 3,5° C. Les statistiques des températures de ces dernières années confortent les hypothèses hautes des scientifiques du GIEC, et l’année 2016 a vu une température supérieure de 1,2° C à celle de la fin du XIXème siècle avec des records de chaleur en juillet et en août.

La Conférence de Marrakech, la COP 22, qui s’est ouverte le 7 novembre 2016 avait pour objectif de préciser les modalités de mise en œuvre de l’Accord de Paris : Comment se comptent les émissions de GES de chaque 2 pays ? Avec quelles règles de transparence ? Comment s’évalue la sincérité des objectifs affichés ? Comment financer les fonds d’adaptation au changement de climat destinés aux pays en développement ? Quelle méthodologie faut-il appliquer pour comptabiliser les actions correspondantes ?

La veille de l’ouverture de cette Conférence, lors de l’Angélus, le pape François a tenu à adresser un message à tous les participants : « Je souhaite, a déclaré le pape, que tout ce processus soit guidé par la conscience de notre responsabilité pour la protection de la maison commune ».

Ce message a été le bienvenu. En effet, l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, qui est intervenue au début de la COP, a malheureusement cassé en partie l’élan né de l’Accord de Paris et conduit à s’interroger sur l’avenir de la lutte mondiale contre le changement climatique. Face au trouble ainsi créé, plusieurs États américains ont réaffirmé leur engagement, des grandes entreprises américaines ont signé un manifeste pour le climat. La Chine a confirmé sa volonté de prendre le leadership des actions pour le climat, et l’ensemble des pays présents à Marrakech ont affiché un engagement sans retour.

Les différentes parties présentes à la COP 22 ont signé, à l’initiative de la présidence marocaine, la proclamation de Marrakech pour l’Action en faveur du climat et du Développement Durable. Intervenue après l’élection de Donald Trump, celle-ci se veut une déclaration unanime de l’ensemble des chefs d’État envers l’action pour le climat et le développement durable. Selon les termes mêmes de l’ONU, cette proclamation « manifeste l’irréversibilité de la dynamique climatique ».

Même si beaucoup d’observateurs considèrent que les engagements concrets sont insuffisants eu égard aux enjeux du changement du climat, des avancées importantes ont été obtenues. Les négociateurs à Paris avaient prévu un délai de quatre ans pour s’entendre sur les dispositions d’application de l’Accord de Paris, la COP 22 de Marrakech a prévu de le réduire à deux ans et de les adopter en 2018.

Par ailleurs, une nouvelle dynamique a vu le jour. La COP n’est plus seulement la réunion des États. Elle est celle de tous les acteurs du climat, y compris les ONG, les entreprises, les banques, les collectivités territoriales. Elle n’est plus celle des déclarations mais des solutions. Les territoires veulent tenir leur rang, comme les 40 grandes villes qui ont pris des engagements de réduction importante de leurs émissions de GES. Les entreprises sont vues comme porteuses de solutions.

Ainsi, la COP 22 a vu le lancement de plusieurs initiatives très pertinentes. Comme le signale André Auverlot1 « Le Partenariat de Marrakech pour l’action mondiale en faveur du climat, à l’initiative des deux championnes de haut niveau pour le climat, Laurence Tubiana pour la France et Hakima El Haite pour le Maroc, devrait permettre de créer des synergies entre les acteurs étatiques et non étatiques jusqu’en 2020. Il traduit bien cette idée de gouvernance partagée des actions à mener. La plateforme « 2050 Pathways platform» toujours à l’initiative des deux championnes de haut niveau pour le climat, doit permettre des échanges entre États, collectivités et entreprises sur la transition vers un développement sobre en carbone à l’horizon 2050. » De plus, une véritable dynamique de la finance est en train d’être créée pour soutenir un monde décarboné et pour refuser de financer les investissements qui conduisent à de fortes émissions de GES.

La tenue de la Cop 23 l’année prochaine à Berlin sous présidence fidjienne sera l’occasion sans nul doute d’attirer l’attention de l’opinion mondiale sur le devenir des états insulaires dont la survie dépend de la hausse du niveau des mers. L’implication extrêmement forte des différents acteurs de la société civile (ONG, collectivités, industriels, monde de la finance,…) dans la lutte contre le changement climatique révélée à Paris et confirmée à Marrakech devrait pouvoir installer la dynamique pour le climat dans la durée.

Jean-Pierre Chaussade