« Dignité et vocation chrétienne du politique » : quel est le rôle de l’Église dans son rapport au politique ?

academie-catholique-de-fr-dignite-et-vocation-chretienne-9782889189595Fiche de l’Observatoire Foi et Culture  (OFC 2017 n°14) sur « Dignité et vocation chrétienne du politique » ( Ed. Parole et Silence). Essai dans lequel l’OFC et l’Académie Catholique de France questionnent la place de la foi chrétienne dans l’action et l’engagement politique et sociale.

Le colloque organisé par l’Académie catholique de France et l’Observatoire Foi et Culture de la Conférence des évêques de France a réuni, le 3 décembre 2016, des intervenants de grande qualité (philosophes, historiens, journalistes, théologiens, parlementaires) pour parler des enjeux spirituels du politique. Suite à ce colloque, un livre rassemblant toutes les interventions vient de paraître à Parole et Silence. Intitulé Dignité et vocation chrétienne du politique, ce livre donne quelques convictions au sujet du rôle de l’Église dans son rapport au politique. Il n’est pas sans consonance avec le livre du Conseil permanent Dans un monde qui change retrouver le sens du politique.

Plusieurs réflexions, utiles pour le moment d’élections que nous avons à vivre, ont surgi au cours de ce colloque. Pour ma part, j’en ai retenu cinq :

  • Dans la suite du colloque de l’année précédente, qui demandait : Le désenchantement du politique est-il irréversible ?, le colloque de 2016 voulait apporter une note plus positive. De fait, beaucoup d’interventions ont mis en valeur la vertu d’espérance. Ainsi l’exposé de Jean Birnbaum se termine par une référence à Paul Ricoeur qui disait dans un texte intitulé Plaidoyer pour l’utopie ecclésiale : « Nous sommes responsables de maintenir un but lointain pour les hommes, appelons-le un idéal, en un sens moral et une espérance, en un sens religieux. » « Les chrétiens sont les gardiens du sens, ils ont en charge de veiller sur l’espérance » (p. 170). De la même façon, Jean-Louis Schlegel invite à donner forme à l’espérance. Pour cela, il prend appui sur la Bible structurée autour de la loi, la sagesse et la prophétie. Selon lui, la prophétie « représente au fond la facette politique de l’engagement, c’est l’affrontement chrétien, aurait dit Mounier, que l’Église doit assumer aussi comme tel » (p. 78).
  • Cet engagement dans le monde caractérisait Jacques Maritain, Emmanuel Mounier et Étienne Gilson, intellectuels catholiques du XXe siècle. Pour Florian Michel, c’est une évidence : « Comme les vieux pommiers ne donnent pas de vieilles pommes, l’expérience historique de ces trois auteurs majeurs de l’intelligence catholique du XXe siècle, les analyses qu’ils ont proposées, l’influence qu’ils ont exercée sur les militants chrétiens et sur l’institution ecclésiale elle-même, leur enracinement dans la longue tradition de l’Église en font des repères pour diagnostiquer les pathologies de la crise du politique » (p. 44). Florian Michel dégage des œuvres de Mounier, Maritain et Gilson plusieurs pistes de réflexion sur le sens du politique. Il souligne entre autre que l’histoire est une succession de crises politiques et « le monde chrétien est en tension principielle et continuelle avec le monde ». Répondre en chrétien à la crise, c’est chercher à décrypter et à comprendre.
  • Plusieurs intervenants s’interrogent au sujet de la bonne gouvernance. Pierre Manent aborde le problème de la démesure. Pour lui, dès que l’on perd la mesure de la nation, on est entraîné dans la démesure impériale. Cette démesure conduit à des difficultés. Il signale le problème des frontières et la remise en cause actuelle du projet européen, etc.). François d’Aubert, ancien ministre, évoque la lutte contre la corruption. Cette corruption, « éthiquement condamnable, économiquement nocive, politiquement inacceptable, porteuse de réflexes populistes et créatrice de frustrations et d’inégalités sociales » (p. 92) est le symbole de la mauvaise gouvernance. Les questions d’éthique deviennent déterminantes dans le débat politique, en France, en Europe et dans le monde.
  • Un autre point a été souligné au début et à la fin du colloque : la loi naturelle et le politique. Monseigneur Pascal Wintzer rappelle, dans l’introduction au colloque, un texte émanant de la Commission théologique internationale et publié en 2009 À la recherche d’une éthique universelle. Nouveau regard sur la loi naturelle : « La référence à la loi naturelle retient l’État de céder à la tentation d’absorber la société civile et de soumettre les hommes à une idéologie (…) La loi naturelle contient l’idée de l’État de droit qui se structure selon le principe de subsidiarité, en respectant les personnes et les corps intermédiaires et en régulant leurs interactions » (n° 99). De son côté, Jean-Dominique Durand appelle les élus catholiques à leur responsabilité et à la cohérence avec leur foi. « Il s’agit, selon Benoît XVI, de faire de la loi naturelle le fondement de la vie démocratique pour éviter que le critère du bien ou du mal ne dépende d’une majorité, par définition changeante » (p.160).
  • Retrouver le sens du politique, c’est enfin mettre l’accent la dimension symbolique de nos existences. Guy Coq parle du « flottement des grands repères symboliques » (p.179) et Jean Birnbaum déplore « la coupure à l’égard du symbolique », « et donc avec un certain “au-delà” qui a toujours fondé la politique » (p.168).

 

Bien d’autres réflexions très suggestives émanent de ce colloque. Les deux interventions de conclusion, celle de Monseigneur Éric de Moulins-Beaufort et celle de Jean-Luc Marion, méritent que l’on s’y attarde longuement.

 

Mgr Hubert Herbreteau

Evêque d’Agen, Président de l’OFC

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