Médecin de campagne… ou curé de campagne ?

médecin_de_campagne_afficheAvec « Médecin de campagne… ou curé de campagne ? », Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers, Président de l’Obervatoire Foi et Culture (Fiche OFC 2016, n° 10) s’intéresse au film de Thomas Lilti, « Médecin de campagne ».

Thomas Lilti, médecin devenu cinéaste, après son premier film « Hippocrate », reste attaché, avec ce nouveau film, au monde médical.

Il passe d’une comédie cynique consacrée aux étudiants en médecine et à l’hôpital à un portrait intime d’un médecin de campagne… comme on n’en fait plus, à son grand regret.

Il garde cependant une cible privilégiée : l’hôpital qui, selon ce film, est incapable de prendre en charge les personnes avec humanité, à la différence de cet homme, seul, tout donné à ses patients.

Des points forts du film on soulignera la qualité de ses interprètes, François Cluzet, le médecin, et Marianne Denicourt, autre médecin qui vient l’épauler alors que le personnage interprété par Cluzet doit combattre un cancer qui lui a été diagnostiqué, et pour lequel, cependant, l’hôpital et ses techniques fines lui seront nécessaires et bénéfiques. On soulignera la justesse de maintes situations qui « sentent le vécu », comme on dit.

Les limites principales du film sont sa mise en scène, un peu plan-plan, ainsi qu’un portait par trop simpliste d’un homme, parfait sous tout rapport, pratiquant un type de médecine solitaire valorisé à l’excès.

Sur un sujet semblable, « La maladie de Sachs », l’adaptation que fit Michel Deville du roman éponyme de Martin Winkler (médecin lui aussi), est de classe bien supérieure par la finesse de sa réalisation et la subtilité du propos.

Cependant, il faut souligner l’humanité et du sujet et de son traitement. C’est avant tout la qualité des relations du médecin et de ses patients qui est soulignée ; il apprendra ainsi à sa consoeur à respecter la parole de ceux-ci, avant que de terminer leurs phrases sans leur laisser la capacité à exprimer, même de manière maladroite, les raisons pour lesquelles ils viennent consulter. Elle retiendra la leçon puisque, sachant le cancer du médecin, elle attendra qu’il s’en ouvre lui-même pour que le sujet soit abordé. On voit ainsi combien compte le respect des silences et des expressions de l’autre.

Le film rapporte les multiples rencontres du médecin, lors des visites ou des consultations, mais il souligne aussi l’importance des temps de silence, pas tant lors des consultations, mais pendant les trajets en voiture ; silence nécessaire pour se mettre à la juste distance du patient rencontré, aussi pour admirer la beauté du Vexin français, de ses ciels, mais aussi de la boue des chemins, des routes, des voitures et des chaussures.

Le médecin ne se contente pas d’être un technicien du diagnostic et de la cure, il partage totalement la vie de ses patients, de ce monde rural dispersé qui est devenu le sien, alors que sa femme et son fils l’ont quitté pour la ville, Paris sans doute.

Tout ceci dresse une sorte de portrait nostalgique d’un homme certes attachant, quoique bourru, mais dont le message est de déplorer la fin d’un monde qui semblait meilleur au réalisateur : son médecin n’a pas recours à l’informatique, on ne le voit guère demander des examens ou encore faire appel à des spécialistes.

En tout, ce médecin est un homme seul, dans sa vie personnelle comme dans sa vie professionnelle ; il peine également à profiter de l’aide de sa consoeur. Ses repas sont faits d’une pizza réchauffée ou d’une omelette. Il n’a guère de vie en dehors de ses patients et de son village. Quant à sa vie culturelle : aucune semble-t-il ! Sa formation s’est arrêtée aux années de fac : lecture de revues médicales, formation continue… si cela a une place, rien n’en est montré dans le film. Quant à son bureau, c’est un joyeux capharnaüm, la déco portant la trace d’une totale absence du beau.

Assez facilement, avec ces dernières lignes et ce qu’elles rapportent du film et non du spectateur que je suis, j’ai pensé à une autre activité et à la manière dont elle s’exerçait hier, voire avant-hier : curé de campagne ! A son propos également, la nostalgie peut toujours habiter certains… Quand même, c’était mieux avant !

Certes, l’homme est donné, pourtant, le film dresse-t-il le portait de la manière dont exercent aujourd’hui les médecins en campagne ? A eux de répondre (j’ai cependant ma petite idée).

Mgr Pascal Wintzer
Archevêque de Poitiers

Président de l’OFC

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