Le Carême pour les orthodoxes
Chez les orthodoxes, le « Lundi pur » marque le début du Carême. Le Père Hyacinthe Destivelle o.p., responsable du centre de recherches Istina, nous éclaire sur le sens et le déroulement de ce temps de préparation à Pâques dans l'Orthodoxie.
Comment se vit concrètement l'entrée en Carême dans l'Orthodoxie ?
Il existe, chez les orthodoxes (comme chez les catholiques de rite byzantin) un « pré-Carême » de plusieurs semaines, rythmé par quatre dimanches : le « Dimanche du publicain et du pharisien », le « Dimanche du fils prodigue », le « Dimanche du jugement dernier ». Le Carême proprement dit commence le soir du « Dimanche du pardon » (En 2009, le 1er mars) : traditionnellement, après les vêpres, chacun demande pardon à ses proches pour ses fautes volontaires ou involontaires, connues ou ignorées. Le lendemain, « Lundi pur » (En 2009, le 2 mars), marque le début du Carême. On ne célèbre donc pas le Mercredi des cendres dans l'Orthodoxie.
Pourquoi existe-t-il un décalage avec le calendrier catholique ?
En 2009, la Pâque orthodoxe a lieu le 19 avril, soit une semaine après la Pâque latine. Depuis le concile de Nicée I (325), tous les chrétiens sont d'accord pour célébrer Pâque le premier dimanche qui suit la première pleine lune de printemps. Le problème est que latins et orthodoxes utilisent, pour fixer cette date, deux calendriers solaires différents : le calendrier « julien » suivi par les orientaux a aujourd'hui 13 jours d'écart par rapport au calendrier « grégorien » des occidentaux, et donc le printemps (21 mars) tombe en réalité le 3 avril. De plus, les tables lunaires utilisées pour le comput de la pleine lune sont aussi différentes (4 ou 5 jours d'écarts). Trois cas sont donc possibles : soit la Pâque orthodoxe a lieu 4 ou 5 semaines après la Pâque latine (comme en 2008), soit une semaine après (comme en 2009), soit en même temps - c'est ce qui se passera en 2010 : catholiques et orthodoxes fêteront Pâques le même jour, le 4 avril.
Comment se déroule le Carême orthodoxe ?
Les dimanches du Carême commémorent chacun un aspect du dogme ou de la spiritualité orthodoxe. Le premier dimanche, appelé « Dimanche de l'Orthodoxie », célèbre la victoire de l'Orthodoxie sur l'iconoclasme (fête instituée en 843 à la suite du concile de Nicée II). Les dimanches suivants s'appellent le « Dimanche de saint Grégoire Palamas » (en l'honneur du théologien byzantin qui affirma la possibilité pour l'homme de participer aux énergies incréées de Dieu, selon la doctrine de l'hésychasme), le « Dimanche de la Croix » (Mi-carême), le « Dimanche de saint Jean Climaque » (un des maîtres de la spiritualité orientale) et enfin le « Dimanche de Marie l'Egyptienne ». Le Carême s'achève par le « Samedi de Lazare », précédant le Dimanche des Rameaux qui marque l'entrée dans la Semaine Sainte. Au contraire des catholiques, les orthodoxes n'incluent pas la Semaine Sainte dans le compte des quarante jours de Carême.
Est-ce que le sens du Carême est le même chez les orthodoxes que chez les catholiques ?
Comme pour les catholiques latins, le Carême est pour les orthodoxes avant tout une préparation à la célébration de Pâques. Ce caractère pascal est particulièrement présent dans la répétition des « Alléluia » dans les offices du Carême orthodoxe, ce qui étonne les catholiques. Mais le caractère pénitentiel est aussi très présent. Le jeûne est particulièrement strict : on s'abstient de tout produit animal, de graisse et de vin, sauf les samedi et dimanche. Pendant cette période, aucun mariage religieux, baptême ou fête ne peuvent avoir lieu. Dans le même esprit, la célébration de l'Eucharistie, considérée comme incompatible avec le jeûne en raison de son caractère festif, n'a pas lieu en semaine. Mais le mercredi et le vendredi on célèbre la « Liturgie des présanctifiées » (avec les Saints Dons consacrés le dimanche précédent), comme les latins le font le Vendredi Saint. Le dimanche, au lieu de la liturgie de saint Jean Chrysostome célébrée habituellement, on utilise la liturgie de saint Basile, qui est plus longue et solennelle.
Mieux comprendre
Le 4 avril 2010, catholiques et orthodoxes fêteront Pâques le même jour.














