L’Eglise soutient les droits de l’Homme et leur mise en œuvre

C’est en 1963 avec l’encyclique Pacem in terris puis avec le concile Vatican II et particulièrement la Déclaration sur la liberté religieuse de 1965 que l’Eglise catholique ouvre la porte aux droits de l’Homme. Jusque-là, elle plaidait pour les droits de Dieu face auquel l’homme n’a que des devoirs.

L’encyclique s’engage d’entrée sur un chapitre relatif aux droits, droit à l’existence et à un revenu décent, droits relatifs aux valeurs morales et culturelles, droit d’honorer Dieu selon la juste exigence de la droite conscience, droit à la liberté dans le choix d’un état de vie, droits relatifs au monde économique, droits de réunion et d’association, droits d’émigration et d’immigration, droits d’ordre civique.

Le fondement est mis en avant par Jean XXIII avant cette liste : « Le fondement de toute société bien ordonnée et féconde, c’est le principe que tout être humain est une personne, c’est-à-dire une nature douée d’intelligence et de volonté libre. Par là même iI est sujet de droits et de devoirs, découlant les uns et les autres, ensemble et immédiatement, de sa nature : aussi sont-ils universels, inviolables, inaliénables. » (Pacem in terris, Chapitre I, 9).

Il est important de noter à notre époque l’affirmation immédiate du caractère universel des droits de l’Homme.

En juin 1980, à l’UNESCO, Jean-Paul II déclarait : «Le respect des droits inaliénables de la personne humaine est à la base de tout. Toute menace contre les droits de l’homme, que ce soit dans le cadre de ses biens spirituels ou dans celui de ses biens matériels, fait violence à cette dimension fondamentale ».

Le Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise (2004) insiste sur la valeur et la spécification des droits de l’homme (Chapitre IV, 152-155).

Jean XXIII en 1963 commence par : « Tout être humain a droit à la vie, à l’intégrité physique et aux moyens nécessaires et suffisants pour une existence décente, notamment en ce qui concerne l’alimentation, le vêtement, l’habitation, le repos, les soins médicaux, les services sociaux. Par conséquent, l’homme a droit à la sécurité en cas de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse, de chômage et chaque fois qu’il est privé de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. »

Dans Centesimus annus (1991), Jean-Paul II vise les pays sortants du communisme et les pays capitalistes et propose une liste des droits : « le droit à la vie dont fait partie intégrante le droit de grandir dans le sein de sa mère après la conception ; puis le droit de vivre dans une famille unie et dans un climat moral favorable au développement de sa personnalité ; le droit d’épanouir son intelligence et sa liberté par la recherche et la connaissance de la vérité ; le droit de participer au travail de mise en valeur des biens de la terre et d’en tirer sa subsistance et celle de ses proches ; le droit de fonder librement une famille, d’accueillir et d’élever des enfants, en exerçant de manière responsable sa sexualité. En un sens, la source et la synthèse de ces droits, c’est la liberté religieuse, entendue comme le droit de vivre dans la vérité de sa foi et conformément à la dignité transcendante de sa personne.

Même dans les pays qui connaissent des formes de gouvernement démocratique, ces droits ne sont pas toujours entièrement respectés. Et l’on ne pense pas seulement au scandale de l’avortement, mais aussi aux divers aspects d’une crise des systèmes démocratiques qui semblent avoir parfois altéré la capacité de prendre des décisions en fonction du bien commun. » (Chapitre V, 47)

L’Eglise étend les droits de l’Homme aux nations. La nation possède un droit fondamental à l’existence. L’ordre international requiert un équilibre entre particularité et universalité que toutes les nations sont appelées à réaliser ; leur premier devoir est de vivre une attitude de paix, de respect et de solidarité avec les autres nations (Compendium, Chapitre IV,157)

Dans Caritas in veritate (2009), Benoît XVI poursuit les chemins ouverts par Pacem in terris : « Pour le gouvernement de l’économie mondiale, pour assainir les économies frappées par la crise, pour prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres, pour procéder à un souhaitable désarmement intégral, pour arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, pour assurer la protection de l’environnement et pour réguler les flux migratoires, il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale telle qu’elle a déjà été esquissée par mon prédécesseur Jean XXIII. Une telle Autorité devra être réglée par le droit, se conformer de manière cohérente aux principes de subsidiarité et de solidarité, être ordonnée à la réalisation du bien commun, s’engager pour la promotion d’un authentique développement humain intégral qui s’inspire des valeurs de l’amour et de la vérité. Cette Autorité devra en outre être reconnue par tous, jouir d’un pouvoir effectif pour assurer à chacun la sécurité, le respect de la justice et des droits. Elle devra évidemment posséder la faculté de faire respecter ses décisions par les différentes parties, ainsi que les mesures coordonnées adoptées par les divers forums internationaux. En l’absence de ces conditions, le droit international, malgré les grands progrès accomplis dans divers domaines, risquerait en fait d’être conditionné par les équilibres de pouvoir entre les plus puissants. Le développement intégral des peuples et la collaboration internationale exigent que soit institué un degré supérieur d’organisation à l’échelle internationale de type subsidiaire pour la gouvernance de la mondialisation et que soit finalement mis en place un ordre social conforme à l’ordre moral et au lien entre les sphères morale et sociale, entre le politique et la sphère économique et civile que prévoyait déjà le Statut des Nations Unies. » (67)

Denis Viénot

Justice et Paix – France