« La souffrance et la vie », articles de Mgr Mgr Roland Minnerath, Archevêque de Dijon, et de Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus Toulon, suite au décès de Chantal Sébire, mars 2008

Chantal Sébire a été retrouvée morte mercredi 20 mars à Dijon. Sa maladie défigurative et incurable a fait l’objet d’un vaste débat sur la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté. Plusieurs évêques sont revenus cette semaine sur la question de l’euthanasie et ont proposé des éléments de discernement.

Mgr Roland Minnerath

Archevêque de Dijon
Editorial de la Revue diocésaine
17 mars 2008

« J’ai été sollicité de divers côtés de donner la position de l’Eglise devant une demande d’euthanasie active, formulée par une personne de Plombières-lès-Dijon. J’ai préféré ne livrer ces réflexions que maintenant, plutôt que de réagir sous la pression des médias. Les réactions à chaud ne permettent pas d’aborder avec le recul nécessaire des problèmes humains aussi graves. Dans cette affaire, nous ne voulons pas passer pour des donneurs de leçons, mais nous présenter comme des frères en humanité qui aident à discerner le chemin vers la lumière.

1. Tout d’abord nous nous trouvons face à une personne qui souffre et qui le fait savoir. Au-delà de la dimension médiatique, nous pensons à elle et à son épreuve. Les paroles sont toujours maladroites pour dire, avec toute la retenue et la proximité nécessaires, notre compassion et notre solidarité. Dans ces moments, il est important qu’une personne ne se sente pas seule à porter le poids de son épreuve. Nous prenons alors tous conscience de la fragilité de nos existences. Le drame de la souffrance interroge notre liberté. Réclamer d’un tiers le geste qui vous prive de la vie est un cri de désespoir. Mais aussi un appel à l’aide. Comment aider une personne à bout de force à ne pas en vouloir à la vie ? Supprimer la souffrance est une chose, supprimer la vie en est une autre.

2. Un large courant d’opinion estime qu’il devrait être permis, à certaines conditions, de donner la mort à une personne atteinte d’une maladie incurable et qui en fait la demande. Sous le coup de l’émotion, on se laisse convaincre que la seule issue est alors de hâter la mort. Cependant, notre jugement ne peut pas être conditionné uniquement par l’émotion et son amplification médiatique. Ce qui est en jeu, c’est la valeur que nous accordons à notre humanité même.
On prétend que la dignité d’une personne serait diminuée en proportion de sa dégradation physique ou psychique. Mais la dignité n’est pas une variable, fonction de notre état de santé physique ou mental, de notre âge, de notre fortune, de notre culture ou de n’importe quoi. La dignité nous est donnée avec la vie, elle est inaliénable. Il ne nous appartient pas de décider qui est digne de vivre, ou qui est digne d’être considéré comme une personne humaine. La dignité doit toujours être respectée.

Devant une maladie incurable, on doit rappeler les éléments de discernement qui peuvent conduire à :

soulager la douleur par les soins palliatifs, même si les analgésiques peuvent amoindrir la conscience de soi et abréger la vie,
interrompre un traitement curatif sans espoir de guérison,
éviter tout acharnement thérapeutique.
Dans ces critères apparaît le souci de soulager, d’accompagner la personne, d’éviter la douleur. Cette attitude est bien différente de celle qui consiste à décider du moment de la mort et à la donner. Le médecin a prêté un serment dans lequel il promet d’exercer son art pour guérir et non pour tuer. La raison et le cœur, ces profondeurs de notre humanité, répondent sans hésiter que la vie est inviolable, que nous devons l’accueillir, l’éduquer, l’entretenir, la soigner, la guérir. Mais pas la supprimer, même si l’intention est d’éviter la souffrance. Parler d’une « exception d’euthanasie », c’est ouvrir une brèche non seulement dans la déontologie médicale universelle, mais dans la notion même de l’indisponibilité de la vie humaine. Il faut s’attaquer à la douleur, pas à la vie. Avec affection et compassion, dans l’écoute et l’espérance.

3. Les croyants ne prônent pas une autre éthique que l’éthique humaine accessible à tous. Mais notre foi nous éclaire dans nos choix et nous comptons sur la grâce de Dieu pour persévérer.
La vie n’admet pas d’être réduite à ce qu’elle n’est pas. La vie ne nous appartient pas comme un objet à notre disposition. Nous sommes dans la vie. Il y a la vie biologique qui un jour nous quitte ; il y a la vie relationnelle qui nous fait découvrir la puissance de l’amour ; il y a l’Esprit qui s’offre à notre accueil et anticipe en nous la vie éternelle. Acceptons la vie comme une promesse. Laissons-nous surprendre jusqu’au bout.

Ecoutons Saint Paul (2 Corinthiens 4,16-18) : « Nous ne perdons pas courage et même si, en nous, l’homme extérieur [notre être charnel] dépérit, l’homme intérieur [notre être spirituel] se renouvelle de jour en jour. Car nos détresses d’un moment paraissent légères au regard du poids extraordinaire de gloire qu’elles nous procurent. Aussi nous attachons-nous non pas à ce qui se voit, car ce qui se voit est provisoire, mais à ce qui ne se voit pas, qui est éternel ».
En cette Semaine sainte, les chrétiens célèbrent le mystère de la passion et de la résurrection de Jésus. Comment ne pas reconnaître que Dieu nous a rejoints dans nos souffrances, pour nous en délivrer ? Pour nous dire qu’elles ne doivent pas avoir le dernier mot sur nous. Le dernier mot est la vie transfigurée du matin de Pâques.

Mgr Dominique Rey

Evêque de Fréjus Toulon
20 mars 2008

Chantal Sébire vient d’être retrouvée morte à son domicile. Son décès marque l’issue d’un drame humain atroce qui a été largement médiatisé. Sa maladie défigurative et incurable a fait l’objet d’un vaste débat sur la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté.

Il faut se garder d’instrumentaliser la tragédie particulière d’une personne qui lutte avec la mort. La législation actuelle est claire. Elle n’autorise pas l’euthanasie qui serait la complicité par l’Etat et le corps médical de la destruction d’une personne. L’acceptation légale du meurtre volontaire d’un malade de la part des médecins et de la société ferait vaciller les principes fondamentaux sur lesquels sont fondés le vivre ensemble et le respect de chacun. On ne peut disposer de la vie d’autrui. Confronté au problème de la mort, le médecin est d’abord au service de la santé. Le code de déontologie médicale le rappelle :  » Le médecin n’a pas le droit de provoquer délibérément la mort « . Une société ne peut décider qui doit vivre et qui doit mourir et si telle vie vaut la peine d’être vécue. Un passé récent souligne les dangers eugénistes que ferait encourir une telle dérive. En viendra-t-on à refuser de réanimer quelqu’un qui aurait décidé de se suicider ? Pour supprimer la souffrance, doit-on supprimer la vie ?

Le cadre législatif actuel sur l’accompagnement vers la fin de vie propose des solutions palliatives qui respectent à la fois le caractère inviolable de la vie humaine, et d’autre part, le refus d’un acharnement thérapeutique, qui mettrait en œuvre des moyens disproportionnés. Dans certains cas, le médecin pourra proposer des sédations avec un effet anesthésiant, ou l’utilisation adaptée d’antalgiques, en phase terminale. Il revient aux spécialistes de la douleur de définir les justes prescriptions pour soulager les souffrances et les douleurs, tout en ne provoquant pas activement la disparition d’un être humain, car sa vie est sacrée.

La méditation de la passion du Christ au cœur de cette semaine sainte peut éclairer la manière dont les croyants peuvent aborder la question de la mort et de la souffrance qui l’accompagne. L’agonie de Jésus souligne le caractère intolérable de la mort d’un Juste innocent.

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