Editorial par le père Franck Lemaître, Unité des chrétiens n°156

Tenir ensemble notre place dans les débats

 
Editorial parle père Franck Lemaître, directeur du service national pour l’unité des chrétiens

 
www.etatsgenerauxdelabioethique.fr : sur l’écran défilent des visages, accompagnés de questions : la médecine doit-elle répondre à tout prix au désir d’enfant ? Jusqu’à quel point chercher à avoir un enfant en bonne santé ? Comment exprimer sa position sur le don d’organes ? Jusqu’où chercher à savoir si l’on risque d’avoir certaines maladies ? Questions graves, questions qui touchent chacun de nous un jour ou l’autre. Questions sur lesquelles l’avis de tous est sollicité à l’occasion de la révision de la législation en matière biomédicale.
 

Assistance médicale à la procréation, diagnostic prénatal, prélèvement d’organes, recherche sur l’embryon humain : sur tous ces sujets les Églises sont invitées – comme d’autres – à exprimer leurs convictions, et l’on trouvera dans ce numéro un large écho des points de vue catholique, évangélique, luthéro-réformé et orthodoxe. Le soin qui a été apporté aux réponses illustre, une fois encore, que les chrétiens – toutes confessions confondues – ne cantonnent pas leur réflexion aux questions intra-ecclésiales.
On ne pourra manquer d’être frappé par la proximité des positions des Églises sur ces sujets difficiles. Certes la manière dont les différentes familles chrétiennes se saisissent théologiquement de ces questions nouvelles n’est pas la même. Mais les conclusions sont étonnamment proches, sur la gestation pour autrui par exemple.

On répète souvent que c’est sur les questions éthiques que les Églises sont le plus nettement divisées aujourd’hui. N’exagère-t-on pas parfois ces différences ? Si l’on écoutait certains, tous les comités mixtes de dialogue entre familles chrétiennes devraient aujourd’hui discuter d’éthique. Cet avis ne mériterait-il pas plus de nuance ? Certes, par le passé, les Églises ont fait des choix différents sur la question du mariage après divorce ou celle de la contraception. Mais pour des dossiers aussi actuels que la procréation ou la fin de vie, c’est bien sur une vision semblable de la nature humaine – créée à l’image de Dieu et recréée en Christ – que s’appuient les Églises.

Cette proximité des points de vue rend d’autant plus regrettable le fait que les Églises ne répondent pas d’une même voix aux sollicitations des politiques. Ni au niveau européen, ni en France l’ensemble des Églises n’a été capable de produire une réponse commune. Le constat est fâcheux : lorsque les chrétiens sont interrogés sur des questions importantes où le devenir de notre humanité est en en jeu, les Églises répondent encore de manière séparée, même si leurs réponses sont voisines.

Ne faut-il pas dès lors souhaiter que se renforce encore la collaboration entre Églises, qui disposent pourtant d’une instance commune avec le Conseil d’Églises Chrétiennes en France ? Signée par ses co-présidents en mai 2008, la Charte œcuménique européenne exprimait un engagement très clair : « Responsables devant Dieu, nous devons dégager et développer des critères communs pour déterminer ce que les hommes peuvent sans doute faire d’un point de vue scientifique et technologique, mais ne doivent pas faire d’un point de vue éthique » (n° 9). Analyser ensemble les progrès des sciences biomédicales et les perspectives vertigineuses qu’ils ouvrent constituerait pour les Églises une manière concrète de manifester la communion qui existe déjà entre elles, et de faire de nouveaux pas vers la pleine communion. L’interpellation du patriarche Bartholomée, à l’occasion du rassemblement de la KEK à Lyon cet été, prend ici toute sa force : n’est-il pas grand temps que naisse une Conférence de toutes les Églises européennes ?

***
Savoir passer la main est un art ; mais les artistes ne sont pas si nombreux. Au moment de prendre mes fonctions au service de la Conférence des évêques catholiques, je tiens à remercier Michel Mallèvre pour avoir su transmettre le flambeau fraternellement. Nos vœux les meilleurs l’accompagnent pour ses nouveaux engagements apostoliques ; nul doute que le souci de l’unité des chrétiens y aura la part belle.
 

Analyser ensemble les progrès des sciences biomédicales et les perspectives vertigineuses qu’ils ouvrent constituerait pour les Églises une manière concrète de manifester la communion qui existe déjà entre elles.
 
 

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