Editorial par le père Michel Mallèvre, Unité des chrétiens n°154
Célébrer notre unité en Christ ou manifester nos divisions ?
Après l'espace liturgique, traité par notre numéro d'octobre dernier, voici un nouveau dossier sur la ritualité chrétienne. Elle tient en effet une place importante dans la vie de chacune de nos Eglises : avec des accents différents, nos traditions confessionnelles articulent toutes la proclamation du message évangélique, le service du Royaume et la célébration de son avènement en Jésus-Christ (donc la ritualité).
Place centrale donc, mais au cœur de cette dimension célébrante de la vie chrétienne, tous également nous vivons un paradoxe : d'une part, nous y reconnaissons l'unité que le Christ nous a donnée dans sa mort et de sa résurrection. D'autre part, nous expérimentons dans nos différentes manières de célébrer, et nos difficultés à célébrer ensemble, combien se manifestent là des compréhensions encore séparatrices de ce même mystère. De fait, les célébrations chrétiennes sont à la fois ce qui affirme la communion réelle des baptisés et ce qui manifeste le caractère encore imparfait de cette communion.
Nous en souffrons ! et il n'est pas étonnant que la prise de conscience du drame de la division des chrétiens se soit traduite, dès la naissance du mouvement œcuménique, par l'instauration d'une Semaine de prière pour l'unité où la dimension rituelle tient une grande place. S'il y a un lieu où doivent être surmontées nos divisions, n'est-ce pas la prière pour que le Christ par son Esprit ouvre pour ses disciples un chemin vers leur unité visible ?
Malgré les limites de ces célébrations pour l'unité - ni catholiques, ni orthodoxes ni protestantes, souvent un peu passe-partout - , nous pouvons y redécouvrir que nos différences ne sont pas seulement le signes de nos divisions confessionnelles : elles sont aussi l'expression de perceptions complémentaires du mystère du Christ, et donc un appel à manifester la catholicité de l'Eglise. Pour le comprendre, encore nous faut-il accepter d'aller à la rencontre de l'autre dans cette manière de célébrer qui fait son identité différente de la nôtre, et prendre le risque d'essayer avec lui de dire ensemble l'unité déjà vécue.
Cette expérience était au cœur de la réflexion proposée par la Rencontre œcuménique nationale de Lyon-Francheville, du 2 au 5 décembre 2008. Notre dossier est en fait constitué par l'essentiel des interventions à cette Rencontre qui comprenait deux volets. D'abord la Session nationale des délégués catholiques, orthodoxes et protestants, héritière des rendez-vous de Bièvres, puis Chantilly et Viviers, conjuguant conférence, ateliers, célébration et surtout échanges fraternels. Nous en donnons ici un trop bref écho à travers des extraits de la grande et passionnante conférence de Louis Marie Chauvet sur de possibles avancées en théologie sacramentaire, à laquelle réagirent les quelques quatre-vingts participants et le théologien protestant Flemming Fleinert-Jensen.
Puis, le colloque organisé conjointement par le Centre Unité chrétienne et la Faculté de théologie catholique de Lyon sur le thème « rites et identités ecclésiales - un enjeu oecuménique », qui réunissait une assistance plus large de plus de cent vingt passionnés. Ce deuxième volet de la rencontre nationale articulait trois temps : une réflexion fondamentale, anthropologique et théologique, sur la ritualité ; une présentation du rapport de nos Eglises au rite, précédée d'une conférence stimulante sur l'approche du judaïsme ; une évocation des avancées et des difficultés en matière interconfessionnelle. Faute de place, et vous renvoyant à une publication intégrale ultérieure, nous reproduisons à nouveau seulement des extraits de la quinzaine d'interventions de ce colloque très riche, conclu par Mgr Lebrun, évêque de Saint-Etienne et Mme Elisabeth Parmentier, professeur à la faculté de théologie protestante de Strasbourg.
Au moment où nous célébrons Pâques, une nouvelle fois séparément, puisse cette réflexion stimulante nous aider à en approfondir le sens comme un appel à manifester visiblement l'unité que le Christ nous a donnée dans sa mort et sa résurrection.











