Editorial par le père Franck Lemaître, Unité des chrétiens n°157
En juin 1910 à Édimbourg, les délégués de sociétés missionnaires anglicanes et protestantes se réunirent pour coordonner leurs efforts d'évangélisation. Ce rassemblement fut l'occasion d'une prise de conscience œcuménique : des voix discordantes ne sauraient annoncer la Bonne Nouvelle de manière crédible. Pour prêcher efficacement le salut et la réconciliation en Jésus Christ, les chrétiens divisés devaient donc œuvrer sans tarder à leur unité.
En choisissant comme thème de la Semaine de prière pour l'unité chrétienne 2010 C'est vous qui êtes témoins, le Conseil œcuménique des Églises et le Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens ont tenu à rappeler ce jalon important de la Conférence d'Édimbourg pour l'histoire des relations interconfessionnelles.
Le mouvement œcuménique tel que nous le connaissons aujourd'hui - multiforme et complexe - se trouve à la confluence de plusieurs courants. Le souci missionnaire et l'exigence d'unité qu'il requiert constituent l'une de ces sources.
L'œcuménisme spirituel - avec sa Semaine fidèlement célébrée du 18 au 25 janvier, avec la Journée mondiale de prière organisée par les femmes de tous pays, avec tant d'autres célébrations, à l'aube de Pâques par exemple - enracine dans la prière le désir d'une unité telle que le Christ la veut, par les moyens qu'Il voudra.
Dans ce qu'il est convenu d'appeler « le christianisme pratique », on dénombre de très nombreuses réalisations interconfessionnelles où des chrétiens agissent au coude à coude avec la conviction que, dans le domaine social et caritatif, les Églises doivent faire ensemble tout ce qu'elles n'ont aucune bonne raison de mener séparément.
Parmi les sources du mouvement œcuménique contemporain, il faut bien sûr compter également le dialogue théologique. Tant d'obstacles doctrinaux qu'on croyait insurmontables ont pu être dépassés, tant de convergences inattendues ont pu être décelées. Ce qui aujourd'hui relève presque de l'évidence était inimaginable en 1910.
Dimensions missionnaire, spirituelle, sociale, théologique, c'est à une relecture du mouvement œcuménique en ses sources qu'invite ce numéro.
En ouvrant les travaux de la commission plénière de Foi et Constitution en octobre dernier, John Gibaut insistait sur ce qui distingue le travail des météorologues de celui des climatologues. Pour ces derniers en effet, le temps se compte en dizaines d'années, alors que pour les météorologues, il est une affaire de jours. Il est donc clair, disait le directeur de Foi et Constitution, que les observateurs du mouvement œcuménique sont plus proches des climatologues. Les démarches en faveur de l'unité des chrétiens doivent être considérées « sur plusieurs décennies et non pas sur quelques jours, semaines ni même années ». Dans les milieux médiatiques, toujours en quête de résultats immédiats et de solutions rapides, la lenteur des chantiers œcuméniques n'est guère comprise. Relire cent ans d'œcuménisme depuis la Conférence d'Édimbourg, c'est contempler paisiblement l'œuvre de l'Esprit Saint pour l'unité de l'Église. C'est comprendre l'importance de la patience et de la persévérance. C'est aussi acquérir une conviction : dans les relations interconfessionnelles, le réchauffement climatique est indubitable.
*Le dicastère romain en charge de l'œcuménisme s'appelle Pontificium consilium ad christianorum unitatem fovendam, qu'on pourrait traduire « conseil pontifical pour le réchauffement de l'unité des chrétiens ». Si le sens figuré du verbe latin foveo est « encourager », « promouvoir », sa signification première est « réchauffer ».











