« Allez, sans peur, pour servir ! » par Mgr Souchu

Pour entrer dans le thème de la 51ème Journée mondiale de prière pour les vocations, dimanche 11 mai 2014, Mgr Nicolas Souchu nous invite à réfléchir sur le thème de la vérité. Évêque auxiliaire de Rennes, membre du Conseil pour la pastorale des enfants et des jeunes, il est chargé d’accompagner la pastorale des vocations.

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Le thème de la 51e journée mondiale de prière pour les vocations se situe autour du témoignage de la vérité : « Les vocations, témoignage de la vérité ». À la suite des JMJ de Rio, il a semblé important au Service national pour l’évangélisation des jeunes et pour les vocations d’ajouter un sous-titre : « Allez, sans peur, pour servir ». Cette phrase a constitué le plan de l’homélie du pape François lors de la messe de clôture de la XXVIII e Journée mondiale de la jeunesse à Rio de Janeiro, sur la plage de Copacabana le dimanche 28 juillet 2013. Voici comment le Pape concluait son homélie : « Allez, sans peur, pour servir. En suivant ces trois paroles vous expérimenterez que celui qui évangélise est évangélisé, celui qui transmet la joie de la foi, reçoit davantage la joie… Porter l’Évangile c’est porter la force de Dieu pour arracher et démolir le mal et la violence ; pour détruire et abattre les barrières de l’égoïsme, de l’intolérance et de la haine ; pour édifier un monde nouveau. »

C’est bien dans cet esprit missionnaire qu’il nous faut entrer dans le thème donné pour la journée mondiale de prière pour les vocations.

Il convient tout d’abord de nous interroger sur le rôle du témoin et sur ce qu’est la vérité (comme la fameuse question posée par Pilate devant Jésus au moment de sa passion : « Qu’est-ce que la vérité ? » (Jn 18, 38). Ensuite, nous étudierons l’expression « rendre témoignage à la vérité » qui se retrouve plusieurs fois dans l’Évangile. Ce détour par l’Écriture sainte nous permettra de mieux comprendre comment les vocations constituent un témoignage de la vérité, suivant le thème retenu cette année.

Le rôle du témoin

Le témoin est, dans la vie courante, une personne bien informée d’une chose que d’autres ignorent. On attend de lui qu’il connaisse bien ce dont il parle ; qu’on puisse le comprendre et que son témoignage soit véridique. Nous voyons tout de suite ici le lien qui s’opère entre témoignage et vérité.

À Antioche, les premiers croyants qu’on a commencé à appeler « chrétiens » (Ac 11, 26), se sont contentés de se rendre témoignage les uns aux autres au sujet de Jésus. C’est l’expérience du retour des disciples d’Emmaüs, après avoir reconnu le Christ à la fraction du pain, qui s’entendent dire des onze apôtres : « C’est bien vrai, le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon » (Lc 24, 34).

Petit à petit vont s’élaborer des professions de foi, liées au rassemblement des chrétiens, les premières lettres apostoliques ; puis les Évangiles seront composés, dans un contexte de prédication vivante du Christ ressuscité par les apôtres de Jésus. Le témoignage des premiers chrétiens est bien celui d’une expérience affective, vivante, de leur rencontre avec le Christ, mort et ressuscité.

Les générations suivantes de croyants seront amenées à se constituer elles-mêmes témoins de la foi qui les habite, suivant l’exhortation de saint Pierre : « Soyez toujours prêts à justifier votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte » (1 P 3, 15). Le présent et l’avenir de la foi dépendent donc essentiellement du témoignage des chrétiens, reçu de génération en génération. Ce qui veut bien dire que la génération d’aujourd’hui a une réelle responsabilité pour transmettre la foi que nous avons nous-même reçue. Le témoin rend témoignage ; suivant l’étymologie grecque, il est un véritable martyr, capable de donner sa vie pour la vérité.

Qu’est-ce que la vérité ?

La notion biblique de vérité est fondée sur une expérience religieuse, celle de la rencontre avec Dieu. On peut définir alors la vérité comme la révélation historique et progressive du dessein de Dieu. C’est ce que l’on retrouve en Jean 14, 6 où le Christ se définit comme « le chemin, la vérité et la vie ». La vérité qu’est le Christ ne peut vraiment se comprendre que si nous nous mettons en chemin. D’ailleurs, cela rejoint bien les appels du Christ dans l’Évangile : nous sommes toujours invités à le suivre, à nous mettre en marche, sur ses chemins. Le mot même de vocation vient du mot latin vocare, qui signifie appeler. Répondre à une vocation, c’est également se mettre en marche, comme Abraham, le premier des croyants, qui répond à l’appel de Dieu à quitter son pays. Finalement un croyant qui n’accepte pas de se mettre en route, comment pourra-t-il accéder à la vérité de Dieu ? Si la vérité est révélation, l’Esprit-Saint est lui-même qualifié d’Esprit de Vérité (Jn 15, 26) ; Esprit qui nous conduira à la vérité tout entière (Jn 16, 13). La première épître de saint Jean va jusqu’à dire que l’Esprit est la Vérité (1 Jn 5, 6). Prions donc l’Esprit-Saint afin qu’il nous fasse découvrir comment être témoin de la vérité.

Rendre témoignage à la vérité

Il est intéressant de regarder ce qui est dit de Jean le Baptiste dans l’évangile de saint Jean au chapitre 5. Là nous y trouvons les deux mots principaux accordés au terme de vocation : le témoignage et la vérité. « Vous avez envoyé une délégation auprès de Jean, et il a rendu témoignage à la vérité » (Jn 5, 33). Jean le Baptiste a manifesté le Messie à Israël et il le fait en rendant un témoignage. En rendant témoignage à Jésus, Jean-Baptiste a rendu témoignage à la vérité, c’est-à-dire à la fidélité de Dieu à ses promesses de salut. La manifestation de Jésus comme Messie est le premier acte de cette vérité de Dieu qui entreprend le salut de l’humanité. Jésus lui-même dira que par toute sa vie, il a « rendu témoignage à la vérité » (Jn 18, 37), c’est-à-dire à la volonté de Dieu de sauver tous les hommes.

L’Évangile nous montre que les Juifs, en refusant de croire à Jésus, s’enferment dans leurs propres contradictions. Dans ce chapitre 5 de saint Jean, l’expression « rendre témoignage » apparaît 7 fois entre le verset 31 et le verset 39. Mais les notables juifs continuent de refuser de croire. Ainsi, à la perfection du témoignage rendu par Dieu à Jésus, Jean oppose ce manque de foi des notables juifs.

Le témoignage de la vérité

Celui qui croit au Christ, lumière du monde, ne demeure pas dans les ténèbres. Il demeure dans la Parole du Christ afin de connaître la vérité qui rend libre. Ainsi être disciple du Christ, c’est accepter de vivre dans la vérité, c’est-à-dire dans la simplicité d’une vie conforme à l’exemple du Seigneur et demeurant dans sa vérité. Ces extraits du Catéchisme de l’Église catholique (n° 2465-2470) nous situent bien dans ce que veut signifier l’expression « témoignage de la Vérité ». Comme nous l’avons vu, le témoignage est une transmission de la foi en paroles et en actes. Ce témoignage fait donc connaître la vérité.

Comme le rappelait Benoît XVI dans son encyclique Caritas in veritate : « La vérité est, en effet, logos qui crée un dialogos et donc une communication et une communion. En aidant les hommes à aller au-delà de leurs opinions et de leurs sensations subjectives, la vérité leur permet de dépasser les déterminismes culturels et historiques et de se rencontrer dans la reconnaissance de la substance et de la valeur des choses. » Et dans son exhortation apostolique sur les Églises du Moyen-Orient du 14 septembre 2012, il écrivait : « La vérité ne peut se développer que dans l’altérité… La vérité n’est possédée par personne, mais elle est toujours un don qui nous appelle à un cheminement d’assimilation toujours plus profonde à la vérité. »

Les vocations, témoignage de la vérité, s’inscrivent dans cette altérité c’est-à-dire cette rencontre avec l’autre qui doit conduire à l’Autre. C’est donner sa vie, en paroles et en actes, afin de servir non pas ce que nous pouvons penser de nous-mêmes, mais bien une vérité révélée, que nous recevons comme un don.

C’est pourquoi, pour conclure, je reviens sur le sous-titre donné à ce thème de la Journée mondiale de prière pour les vocations du dimanche 11 mai 2014, 4e dimanche de Pâques : « Allez, sans peur, pour servir. »

Pour témoigner, il faut aller. Les vocations constituent toujours un envoi, un déplacement afin d’annoncer un Autre que nous-même. C’est pourquoi le pape François disait aux jeunes à Rio : « N’ayez pas peur d’aller, et de porter le Christ en tout milieu, jusqu’aux périphéries existentielles, également à celui qui semble plus loin, plus indifférent. » Il faisait remarquer que le Christ n’a pas dit « va », mais « allez » ; c’est ensemble, dans la diversité de nos vocations, que nous sommes envoyés. Enfin, il indiquait qu’évangéliser, c’est servir. Ainsi, les vocations constituent un beau témoignage de la vérité lorsque nous acceptons de nous décentrer pour laisser la place à l’Esprit de Vérité qui ne cesse de guider son Église.

Mgr Nicolas Souchu
Évêque auxiliaire de Rennes

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