Louis Roussel et Daniel Brottier, deux bons pères des Apprentis d’Auteuil

La grande œuvre d’Auteuil, qui fête ses 150 ans, n’existerait pas sans ces deux prêtres qui furent sensibles à la détresse des enfants et qui, en des temps particulièrement sombres, firent preuve tout autant de bonté, de pédagogie, que d’audace.

Par Chantal Joly, avec la contribution de Marie-Noëlle Dumont, responsable des archives aux Apprentis d’Auteuil.

Roussel_Directeur_(Du Camp)1MoL’Abbé Roussel (1825-1897), quelque peu éclipsé par la stature du Père Brottier (1876-1936), est pourtant une grande figure de l’histoire religieuse de Paris. Au point d’avoir été qualifié de « Dom Bosco français » par le Pape Pie IX lorsqu’il l’a reçu. Est-ce d’avoir été lui-même orphelin de père dès l’âge de 10 ans ? D’avoir été envoyé par son oncle prêtre auprès du curé de Notre-Dame des Victoires qui l’a confié à M. Letaille, membre de la toute nouvelle conférence Saint Vincent de Paul ? Toujours est-il que ce fils de paysans pauvres de la Sarthe est très ému par les milliers d’enfants qui errent dans les rues de la capitale sous ce Second Empire tout en fastes et en misère ouvrière. Les congrégations féminines se chargent des filles mais les garçons pris en état de vagabondage sont menacés de la prison de la Petite Roquette. Ordonné le 23 décembre 1854, le jeune abbé entré chez les religieux de Saint Vincent de Paul rencontre ces petits mendiants dans le faubourg de Grenelle où on l’a chargé des jeunes, des pauvres, des malades et des militaires. Il mûrit son projet : les préparer à la première communion en leur offrant toit, repas, éducation et apprentissage professionnel. Il quitte sa congrégation pour se lancer dans l’aventure. Il s’installe le 19 mars 1866 avec 6 enfants dans une masure du quartier d’Auteuil qu’il vient d’acheter et, très vite, peut compter sur la mobilisation du quartier. Souscriptions, dotations diverses et le renfort de bénévoles permettent de faire face à l’afflux des arrivants. Pédagogue intuitif, l’abbé Roussel alterne cours et récréations, parvient à faire réussir ses jeunes dans une fanfare et en gymnastique. Il lance des ateliers (cordonnerie, cuisine, horticulture..) ainsi qu’un journal La France illustrée et active tout un réseau de bienfaiteurs. Lorsqu’il se retire à Billancourt en 1895, il estime avoir vu passer 15.000 enfants en 30 ans ! Il meurt d’épuisement dans cette annexe qu’il a créée pour les jeunes filles.

pere brottierLe père Brottier, lorsqu’il devient directeur de l’œuvre en 1923, a déjà derrière lui une belle réputation. Surveillant puis professeur au collège de Pontlevoy dans son département du Loir-et-Cher, le jeune prêtre, d’un caractère bouillonnant mais joyeux, y a épanoui un vrai talent d’éducateur. Puis, devenu religieux chez les Spiritains et nommé vicaire à Saint Louis-du-Sénégal où l’a attiré l’appel de la Mission, il a fait preuve du même charisme, attirant les jeunes dans ses patronages et les Musulmans à ses sermons. Rapatrié à cause de sa santé (une fièvre typhoïde contractée à l’âge de 14 ans qui lui laissera à vie des migraines) et chargé de lever des fonds pour la future cathédrale de Dakar, il s’y est révélé également doué. De retour des tranchées multi-décoré (6 citations, 3 palmes, 3 étoiles) avec la légende d’être un aumônier dévoué et « verni », il a co-fondé avec l’anticlérical Clémenceau l’Union Nationale des Combattants. C’est donc à cet homme plein de ressources que l’archevêque de Paris, relayé par son Supérieur, fait appel pour sauver l’œuvre d’Auteuil. Au conseil d’administration de 1923 le Père Brottier dresse ce constat : « Je considère la situation humainement parlant impossible à redresser ». Ses réseaux et son sens du marketing vont pourtant faire des miracles. Pour sa première action, l’édification d’une chapelle pour celle qui l’a préservée des balles pendant les conflits, Sainte Thérèse de Lisieux, les dons doublent d’un mois sur l’autre.
Dès lors il va se consacrer totalement à son travail de directeur: faire construire des ateliers modernes (radio, imprimerie) et des annexes en province, créer un cinéma pour ses jeunes, obtenir la reconnaissance d' »utilité publique », organiser des concerts, des ventes de charité et surtout écrire sans relâche aux donateurs. Le 28 février 1936, il peut partir vers Dieu en paix. De 170 enfants au bord de la révolte à son arrivée, les OAA en comptent désormais 1400 et la chaîne d’amitié et de dévouement qu’il a fait naître autour d’eux est solide. Il est béatifié par Jean-Paul II le 25 novembre 1984.

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