Père Matteo Ricci (1552-1610)

En Chine, un passeur des cultures

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1552 est une date charnière dans l’histoire de l’Eglise de Chine : le 3 décembre, mourait saint François-Xavier (1506-1552) à Shangchuan, face à la Chine ; trois mois plus tôt, le 6 octobre, était né Matteo Ricci à Macerata, en Italie, près de l’Adriatique.
Après le collège de la ville, il entre au Collège Romain et à 20 ans, puis au noviciat de Rome. Il avait appris la jurisprudence, les mathématiques avec le Père Clavius, ami de Galilée, la théodicée. Ils sont 30 novices, attentifs aux nouvelles du monde : la victoire de Lépante en 1571, mais surtout l’épopée des missionnaires jésuites déjà martyrs au Brésil, présents au Japon, en Inde du sud. Le Père Matteo est déjà volontaire pour l’Asie ; après un an pour apprendre le portugais pratiqué à Macao, il embarque à Lisbonne avec treize jésuites sur trois navires. En six mois d’éprouvante traversée, ils arrivent à Goa, le centre de la mission de l’Inde. Prêtre en 1580, il touchera Macao, seuil de la Chine en 1582. Il entreprend alors, avec son compagnon Michele Ruggieri, le long apprentissage du chinois, une langue sans alphabet, calligraphiée en caractères : chacun représente un mot de plusieurs sens selon les intonations, il est racine d’autres mots avec son idéogramme un peu modifié.

A partir de Macao, Ricci attendra 18 ans le feu vert de l’Empereur à Pékin pour la liberté de sa mission. Il a quarante-huit ans, il veut donner sa vie à ce peuple chinois dans l’originalité de sa culture. De proche en proche, il montera vers le nord, acceptant l’hospitalité des notables, quelquefois rejeté ; il répond déjà au désir de ses hôtes pour l’ouverture d’une école de secrétaires, d’une résidence et la construction d’une église. Il renonce à son premier vêtement de moine bouddhiste, décrié, pour revêtir la longue robe du notable confucéen. A l’intention du prince Jian’an et des lettrés, il compose en publie en 1596 le « Traité de l’Amitié », un recueil de cent maximes de sagesse de l’Occident. Il traduira les quatre livres de Confucius pour constater que ce maître croyait en l’unité de Dieu, à l’immortalité de l’âme.

A la Cité Interdite

Sa communauté de trois jésuites est établie à Nankin quand à la fin de 1599, il est autorisé à venir à Pékin. Il s’embarque sur le canal impérial avec le Père Cattaneo et deux Frères chinois ; après six mois de navigation, il arrive à la Cité Interdite le 14 janvier 1601. Selon le protocole, à l’audience de l’Empereur, il restait séparé des visiteurs par un rideau ; ils devaient lui avoir d’abord adressé leur portrait. Dès lors, Wan Li reçoit avec plaisir leurs cadeaux : deux horloges à carillon, un prisme triangulaire en cristal réfractant le spectre solaire, et un grand portrait de la Madone avec son Enfant. Par la suite, Ricci offrira à l’Empereur le dernier tirage de sa « mappemonde », l’Asie placée au centre entre l’Europe et l’Amérique : la Chine devenait « l’Empire du Milieu ». Largement diffusé, ce planisphère faisait entrer la Chine dans les connaissances géographiques de l’Occident ; elle devenait une nation.

Dans la résidence des jésuites dans la cité impériale, Ricci reçoit beaucoup : des notables du Palais, des lettrés, dont Xu Guanggi qu’il baptisera en 1603 ; avec lui, il rédige les Six Eléments de la Géométrie d’Euclide, d’après le texte latin du Père Clavius. Son ouvrage le plus célèbre restera le « Tianzhu Shyi, le véritable sens du Seigneur du ciel », une véritable catéchèse en forme de dialogue entre deux sages d’Orient et d’Occident. Dans le même temps, Ricci partage avec les savants ses connaissances de mathématicien et d’astronome pour la réforme du calendrier chinois, ses talents de cartographe, sa pratique de l’horlogerie et de la musique.

Dans ses lettres à son père, Giovanni Battista, aux jésuites de Rome, il évoquait le bon accueil fait à ses livres comme aussi les moeurs et les coutumes de ses visiteurs, les progrès de la chrétienté à Pékin et dans les missions de l’intérieur ; mais il ne cachait pas l’usure de ses forces : « Que vos prières m’obtiennent la grâce du Seigneur ».

Au soir de sa vie achevée à 58 ans, il avait obtenu de l’Empereur la liberté d’évangéliser. L’Eglise comptait alors 2.700 baptisés dans une dizaine de missions. Mais le 11 mai 1610, lucide jusqu’au bout, le Père Matteo parlait encore de la conversion de l’Empereur et de son peuple ; le soir, il s’endormait dans le « Seigneur du Ciel ».

Wan Li voulut honorer le sage d’Occident par une journée de deuil national.

Un héritage toujours vivant

A Pékin, sa mission, son objectif de partage des savoirs restèrent vivants par les Pères Adam Schall et Ferdinand Verbiest au 17ème siècle, par les Pères de la mission française envoyés par Colbert à partir de 1695. Vinrent ensuite Dominicains et Franciscains pour les missions de l’intérieur. Malheureusement la « querelle des rites » entraîna la critique et la condamnation de la liturgie des jésuites : ils célébraient en chinois, ils intégraient le culte des ancêtres selon la tradition de Confucius dans le canon de la Messe. La décision du Pape en 1760 déchaîna la colère de le l’Empereur Kangxi ; il chassa les missionnaires mais garda les savants à Pékin.

Depuis deux siècles, l’Eglise de Chine a survécu, d’abord avec les Missions Etrangères et les Lazaristes, et de nouveau avec les Jésuites au XIXème siècle.

En 1950, la révolution culturelle de Mao Tse Toung réussit à vaincre la famine mais voulut abolir la liberté religieuse, ferma ou détruisit les lieux de culte et interdit les signes des religions locales ou importées. Mais la liberté économique et religieuse instaurée par Deng Xiao Ping en 1980 a redonné confiance aux intellectuels : ils ont su accueillir depuis lors une centaine d’universitaires de Taiwan, d’Europe, des Etats-Unis, entre autres des prêtres et des pasteurs, qui allaient enseigner dans leurs universités les langues, la philosophie, les sciences économiques et la gestion internationales.

Après les nombreuses expositions et congrès consacrés à la mémoire de Matteo Ricci à travers le monde, le colloque de l’UNESCO en mai 2010, pour le quatrième centenaire de sa mort, était suivi à Paris par deux cents auditeurs, animé par une vingtaine de professeurs de Chine et du monde. Le Père Thierry Meynard, professeur à l’Université Sun Yat Sen de Canton, évaluait l’influence de Ricci sur les historiens de la pensée chinoise : il montrait l’orientation du néo-confucianisme vers un monisme sans transcendance intégré dans la modernité. Un colloque fécond sur l’échange des savoirs, de la religion, des sciences et des techniques entre deux civilisations. Une avancée, avec Matteo Ricci, vers l’unité du monde.

Père Jacques Gabin
Lettre du Service Jésuite International (Paris)

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