Comment devient-on un Bienheureux ou un Saint ?

Beatification Jeanne Emilie de Villeneuve

Trois voix sont requises pour une béatification : celle du peuple chrétien par la réputation de sainteté ; celle de l’Eglise (le Pape, avec l’aide de la Congrégation pour les cause des Saints) par la déclaration de l’héroïcité des vertus (héroïcité signifie un don de soi total et durable dans l’amour) ou du martyre du Serviteur ou de la Servante de Dieu, qui est alors appelé Vénérable ; la voix de Dieu par un miracle survenu en lien avec la prière par l’intercession du Serviteur de Dieu. La béatification d’un martyr ne requiert pas de miracle car le martyre témoigne déjà d’une aide spéciale reçue de Dieu.

Un délai de cinq ans après la mort de la personne concernée est requis, pour ne pas confondre la réputation de sainteté avec un enthousiasme populaire passager. Mais le Pape peut en dispenser, comme ce fut le cas récemment pour Mère Teresa de Calcutta et pour Jean-Paul II.

Au terme d’une enquête rigoureuse, sous la responsabilité d’un évêque diocésain et le contrôle d’un promoteur de justice, les témoignages et documents recueillis, favorables ou non, sont déposés à la Congrégation pour les causes des Saints, à Rome. Là se déroule un procès contradictoire : un rapporteur est chargé du dossier ; le postulateur promeut la demande ; le promoteur de la foi apporte les arguments contraires. Des historiens et des théologiens interviennent. Les cardinaux et évêques de la Congrégation donnent leur avis sur l’héroïcité des vertus ou le martyre. Leur avis favorable est transmis au Pape, à qui il revient de déclarer l’héroïcité des vertus.
Le procès sur le miracle – un fait prodigieux (souvent une guérison physique) inexplicable dans l’état actuel de la science et en lien avec la prière par l’intercession du Serviteur de Dieu – après une enquête diocésaine menée avec la participation d’experts, fait intervenir, à la Congrégation romaine, experts, théologiens et promoteur de la foi. Si les cardinaux et évêques sont favorables, le dossier aboutit sur la table du Pape qui, seul, reconnait le miracle et décide de la béatification.

La canonisation peut être décidée par le Pape après la reconnaissance d’un autre miracle attribué au Bienheureux et survenu depuis la béatification. Le Pape peut aussi décider de dispenser de ce miracle, en considération d’autres circonstances suffisamment parlantes, comme ce fut le cas du Pape François pour la canonisation du Pape Jean XXIII.

Il arrive aussi que le Pape inscrive au Calendrier des Saints un Saint faisant déjà l’objet d’un culte légitime très ancien, par la confirmation de ce culte appelée parfois canonisation équipollente. Ainsi pour sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179), canonisée par le Pape Benoît XVI, le 7 octobre 2012, en même temps qu’il donnait à cette femme de génie le titre de Docteur de l’Eglise.

Père Luc-Marie Lalanne

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