Dormition ou Assomption, quelle différence ?

Si l’Eglise catholique célèbre l’Assomption de Marie, l’Eglise orthodoxe préfère parler de Dormition. Ces termes reflètent deux compréhensions différentes de la Vierge Marie. Ils sont Avec Marie, nous sommes cependant invités à grandir dans la foi.

6À l’origine, une seule et même fête.

Après l’Ascension du Seigneur Jésus, les Actes des Apôtres montrent les Apôtres réunis tous ensemble, « avec quelques femmes, dont Marie, la Mère de Jésus » (Ac 1, 14). En prière, ils attendent la Pentecôte et la venue du Saint-Esprit. Marie est citée pour la dernière fois dans un livre du Nouveau Testament. En effet, les récits bibliques ne racontent pas la fin de sa vie terrestre. Aussi des chrétiens ont rédigé des textes pour l’évoquer. On les appelle des écrits apocryphes[1].

On y trouve toujours les éléments suivants. Un ange annonce à Marie sa mort, paisible et sereine, tel un endormissement. De là vient le terme « Dormition ». Pour y assister, les apôtres, en mission d’évangélisation dans le monde, sont amenés miraculeusement par des anges. Au moment de l’endormissement de Marie dans sa mort, son âme quitte son corps. À cet instant, le Christ apparaît. Il prend dans ses bras l’âme de Marie, représentée sur les images par un bébé en signe de sa pureté. Il amène l’âme dans le Royaume de Dieu. Les apôtres célèbrent les obsèques de Marie. À la fin, les anges emmènent le corps de Marie au Paradis où son corps retrouve son âme.

L’empereur romain d’Orient Maurice (539-602) décide de célébrer le 15 août cette fête de la Dormition. À l’origine, orthodoxes et catholiques honorent la fin de la vie de la Vierge Marie de façon identique. La différence va s’établir progressivement.

Dormition et Assomption : une différence marquée par la vision de l’Eglise et la foi en l’Immaculée Conception de Marie.

L’Eglise orthodoxe insiste sur la douceur de la mort de Marie. Elle est tournée vers Dieu, comme durant toute sa vie. Elle n’a pas peur de la mort. Elle sait que Jésus l’accueillera dans le Royaume de Dieu. L’Eglise catholique ne parle pas de sa mort mais d’Assomption. Ce dogme, défini par le pape Pie XII en 1950, explique qu’à la fin de sa vie, elle fut « assumée », corps et âme. Selon la foi catholique, tout être humain vivra cette même assomption, pas au moment de la mort, mais à la Résurrection de la chair.

Là résident deux différences entre la foi catholique et la foi orthodoxe.

La première concerne l’autorité dans l’Eglise. Pour les orthodoxes, seul un concile œcuménique, une réunion du pape et de tous les évêques catholiques et orthodoxes, est compétent pour définir un dogme. Ils ne reconnaissent pas au pape Pie XII la légitimité de définir le dogme de l’Assomption et ils ne définissent pas un dogme de la Dormition. Ils refusent aussi le dogme de l’Immaculée Conception, défini par le pape Pie IX en 1854, indiquant que Marie n’a pas été touchée par le péché originel.

La seconde différence réside dans la compréhension de la Conception de Marie. Pie XII rappelle en effet les dogmes de la virginité perpétuelle de Marie, définie au concile œcuménique d’Éphèse en 432 donc reconnue par les orthodoxes, et de son Immaculée Conception. Le dogme de l’Assomption est la conséquence de celui de l’Immaculée Conception. Un privilège divin a épargné Marie du péché originel. Elle échappe donc à la mort, conséquence de ce même péché. Pour l’Orthodoxie, il n’y a pas de privilège dans la conception de Marie. Avec l’aide de la grâce, la Mère de Dieu s’est gardée toute sa vie pure de tout péché personnel. Elle a néanmoins été conçue avec le péché originel. Marie a partagé le sort commun de l’humanité, y compris dans la mort.

Pour nous, aujourd’hui, grandir dans la foi en Dieu grâce à l’exemple de Marie.

Dormition et Assomption ne recouvrent donc pas la même réalité. Elles sont cependant source d’espérance de la vie éternelle après la mort. À l’exemple de Marie, nous sommes invités à ne pas craindre la mort. Elle est passage avec Jésus pour entrer dans l’amour du Père miséricordieux. Avec Marie, nous sommes aussi invités à vivre notre vie d’enfant de Dieu dès à présent.

Par le père E. Gougaud, directeur du service national pour l’unité des chrétiens

Pour aller plus loin :

https://w2.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/angelus/2008/documents/hf_ben-xvi_ang_20080815_assunzione.html