Homélie du dimanche 14 février

Dimanche 14 février 2016
Premier dimanche de Carême

Références bibliques

Livre du Deutéronome : 26. 4 à 10 : « Mon père était un araméen errant … »
Psaume 90 : » Mon rempart, c’est mon Dieu dont je suis sûr. »
Lettre de saint Paul aux Romains. 10. 8 à 13 : »Aucun de ceux qui croient n’auront à le regretter. »
Evangile selon saint Luc.4. 1 à 13 : »Il fut mis à l’épreuve. »

***

Chaque année, la liturgie du Carême trace un itinéraire en des étapes pédagogiques qui sont, ou devraient être, les étapes de notre progression spirituelle dans la lumière pascale.

UN ITINERAIRE QUI EST LE NOTRE

La lecture de l’Ancien Testament nous propose les étapes de nos pères dans la foi, qu’ils s’appellent Abraham ou Moïse, ou les anonymes quittant l’Egypte pour recevoir la révélation du Sinaï et pour entrer en Terre Promise, ou les inconnus brisés sur le chemin de l’exil et confiants dans la promesse d’un retour.

Les Evangiles des deux premiers dimanches sont consacrés, l’un à la Tentation, l’autre à la Transfiguration. L’humanité de Jésus, soumise comme la nôtre à la tentation et sur le Thabor, la transparence fugitive de sa véritable personnalité humano-divine.

La tentation, ce chemin que nous devons suivre et assumer. La Transfiguration, le terme de notre cheminement et notre divinisation.

Par cette juxtaposition, l’Eglise nous incite à vivre ce temps dans la vie du Christ pour recevoir de lui, par sa croix et sa résurrection, la plénitude de notre être qui a été définitivement réalisée par la grâce et la lumière de notre baptême.

DANS LA LUMIERE PASCALE

Ce qui nous conduit, dès le premier jour, à vivre le carême dans la lumière pascale.

Les trois autres dimanches ont des insistances différentes selon les années du cycle liturgique. Les épîtres et les psaumes se rapprochent selon les dimanches, soit de la lecture de l’Ancien Testament, soit de la lecture de l’Evangile.

Par ces choix, l’Eglise veut initier les fidèles aux sacrements du salut. Le Carême est, pour les catéchumènes le temps de l’ultime préparation de la Nuit pascale où ils seront régénérés en Christ, et, pour les baptisés, celui de retrouver toutes neuves la force et la fraîcheur de leur baptême.

« Ne nous soumets pas à la tentation… » nous fait dire Jésus dans la prière à son Père. C’est le sens même de sa démarche dans le désert lorsque « rempli de l’Esprit-Saint, il quitta les bords du Jourdain et fut conduit par l’Esprit à travers le désert, où pendant quarante jours, il fut mis à l’épreuve par le démon. » (Luc 4. 1) Il nous faut relire le « Notre Père » au travers de ce temps d’épreuve où notre Seigneur vécut pleinement chacun des paroles de la prière dominicale. A notre tour, l’épreuve nous permet de donner la preuve de la fiabilité de notre foi.

ENTRER DANS L’HISTOIRE DU SALUT

L’élection du peuple d’Israël comme celle du peuple de la Nouvelle Alliance ne doit pas se vivre aujourd’hui comme la représentation et la reproduction des modalités du passé. Ce qui risquerait de nous enfermer dans une impasse nostalgique. « Mon père était un araméen vagabond…(c’est bon de l’évoquer, mais ce n’est plus) … aujourd’hui je t’apporte les prémices des produits du sol. » (Deutéronome).

Dieu nous prépare nous aussi à vivre un monde nouveau. Tout est mémoire de la mort et de la résurrection du Seigneur Jésus et non pas seulement évocation, car qui dit « mémoire » dit aussi présentement et aujourd’hui. Cette mort et cette résurrection sont elles-mêmes mémoire de toute l’histoire humaine dont Dieu, dans l’histoire d’Israël, nous montre qu’il veut en faire une histoire sainte. Nous avons, aujourd’hui et présentement à faire que l’histoire humaine des hommes d’aujourd’hui soit aussi une histoire sainte.

La liturgie latine nous le fait dire à l’offertoire. Les prémices : « ce pain fruit de la terre et du travail des hommes, nous Te le présentons, il deviendra le pain de la vie. » La liturgie eucharistique nous en souligne les trois étapes dans l’anamnèse : »Nous proclamons ta mort, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire. » Oui, il est grand le mystère de la foi ! »

Le Carême est indissociable de la Passion, de la mort et de la Résurrection. Comme pour la transfiguration du Thabor, passion et mort ne sont qu’un moment dans l’histoire. La grâce de cette Incarnation rédemptrice est la Résurrection, c’est-à-dire l’accès à la divinisation éternelle de l’homme sauvé par Jésus, le Christ, notre-Seigneur.

DEJA LA VIGILE PASCALE.

« Si tu crois dans ton coeur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé ! » C’est la profession de foi en Jésus ressuscité qui apporte la justice et le salut, car elle est un acte d’adhésion, d’insertion de notre pensée et de notre coeur, c’est-à-dire de tout notre être, dans l’être même de Jésus, le ressuscité. Le Credo nous fait dire : »Je crois en Jésus-Christ » et non pas « Je crois à Jésus-Christ ».

La foi ne professe pas des idéaux théoriques, mais des faits auxquels elle nous demande d’adhérer et d’en tirer les conséquences dans notre propre vie. Ces faits sont des actes de Dieu qui crée, qui sauve et qui sanctifie. Le catéchumène doit professer et confesser cette foi durant la nuit pascale et c’est ainsi qu’il peut s’approcher pour recevoir le baptême. Le baptisé renouvelle cette profession de foi en chaque nuit pascale.

L’ensemble des lettres de saint Paul ne se comprennent que dans le mystère pascal, qui est le passage d’une servitude à une libération. « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie. » (Jean 14. 6) Viens, suis-moi sur ce chemin : « Demeurez dans ma parole, vous connaîtrez la vérité et la vérité vous libérera » (Jean 8. 31 et 32) « Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons. » (Romains 10. 8)

SE SOUMETTRE POUR SE LIBERER.

« La vérité vous rendra libre… » L’Evangile de la tentation ne dit pas autre chose. « Demeurez dans ma parole. » « Ne nous soumets pas à la tentation… » nous fait dire Jésus dans la prière à son Père. C’est la suite même de sa démarche dans le désert lorsque « rempli de l’Esprit-Saint, il quitta les bords du Jourdain et fut conduit par l’Esprit à travers le désert, où pendant quarante jours, il fut mis à l’épreuve par le démon. » (Luc 4. 1) Nous avons à relire, ce dimanche, le « Notre Père » au travers de ce temps d’épreuve où notre Seigneur lui-mêmevécut pleinement chacune des paroles de la prière dominicale.

Non pas soumission servile, mais preuve à donner, dans une épreuve comme l’on soumet des appareils de navigation ou des médicaments à des épreuves pour en connaître la fiabilité. « Je t’ai conduit au désert, pour que tu y entendes la voix de ton coeur et du mien. » Cet anonyme mystique du Moyen Age résume ce que fut la tentation du Christ qui n’entend qu’une voix, celle de la Parole de Dieu.

« Là où est ton trésor, là est ton coeur », disait Jésus à des disciples. Or dans la tradition biblique, le coeur n’est pas la seule affectivité, c’est l’orientation fondamentale de toute la vie humaine. Le Christ n’a qu’une vision de la vie, celle de Dieu. « C’est lui seul que tu adoreras »…. « aimer Dieu de tout son coeur, de toute sa vie et de toutes ses forces. » Placer notre existence sous ce signe de la foi, c’est établir une authentique et indéfectible relation avec le Père.

Le démon « s’éloignera jusqu’au moment fixé. » (Luc 4. 13) La tentation frappera Jésus au temps de la Passion, mais la décision restera la même : » Mon Père, éloigne de moi cette coupe de douleur, si c’est possible. Mais non ! pas ma volonté propre, mais ce qui est ta volonté ! » (Matthieu 26. 42 –
Luc 22. 42)

***

Il n’est pas possible d’épuiser en quelques mots la richesse des textes de ce dimanche, si nous les mettons en relief les uns par les autres. Impuissants et limités que nous sommes à rejoindre le mystère dans lequel nous sommes entraînés par la foi, nous lançons un appel à Dieu dans la prière d’ouverture de ce premier dimanche de carême : « Accorde-nous, Dieu tout-Puissant, tout au long de ce carême, de progresser dans la connaissance de Jésus-Christ et de nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle. »

Car c’est en vivant de Jésus-Christ que nous pourrons  » naître avec lui » (con-naître), dans sa vie. “Dieu qui veux habiter les coeurs droits et sincères, donne-nous de vivre selon ta grâce, alors tu pourras venir en nous pour y faire ta demeure.” (oraison d’ouverture de la messe) “Donne à tous ceux qui font ta volonté le bonheur que tu leur as promis.” (prière sur les offrandes).

Père Jacques Fournier
En proposant diverses lignes de réflexion, ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon le "charisme", une ou plusieurs méditations. Leur auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu. Ces textes peuvent également servir à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir, chaque paragraphe formant un tout en soi.

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