JMJ 1997 : « Je retiens une surprise générale d’une jeunesse qu’on ne soupçonnait pas »

Père Emmanuel Coquet, séminariste lors des JMJ de 1997 – actuel secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France.

Quelles fonctions aviez-vous au moment des JMJ de Paris (1997) ?

A l’époque, j’avais 26 ans, j’étais séminariste, et pendant un mois j’ai fait fonction d’attaché de presse au côté du « vrai » attaché de presse du diocèse de Paris !  Je venais de terminer mon service militaire et je voulais découvrir les questions de communication. C’était un poste d’observation privilégié puisque nous étions associés à l’ensemble des événements.

Comment appréhendiez-vous l’évènement dans l’ensemble ?

Nous étions très surpris par le nombre de participants. Beaucoup redoutaient une faible mobilisation. Il y avait peu d’inscriptions ; les compteurs restaient à un bas niveau. En fait, il y a eu 300 000 jeunes lors de la célébration d’ouverture au Champs-de Mars pour atteindre plus d’un million de personnes sur l’hippodrome de Longchamp. Les jeunes n’ont cessé d’affluer vers Paris tout au long de la semaine.

À votre grande surprise, le succès a été inattendu. D’où venaient vos craintes ? 

Les médias étaient frileux. Mais nous avons constaté un enthousiasme grandissant qui a largement dépassé la sphère catholique. Je me souviens des éditoriaux de Franz-Olivier Giesbert dans Le Figaro qui manifestait « son émotion ».

Je retiens une surprise générale d’une jeunesse qu’on ne soupçonnait pas, paisible, heureuse de se retrouver pour célébrer le Seigneur autour d’un thème, qui était : « Où demeures-tu ? Venez et voyez ». Cela a prodigué un dynamisme incroyable à la Pastorale des jeunes. Depuis, la participation des Français a toujours été très forte lors des éditions suivantes des JMJ.

Les JMJ de Paris ont initié une inflexion en instituant des nouveautés qui marquent encore aujourd’hui cet événement…

Le diocèse de Paris a souhaité proposer des Journées en diocèse pour que toute la France profite de ce rassemblement. Une semaine préparatoire d’accueil des pèlerins du monde entier a été organisée dans tous les diocèses de France, avant que tous les jeunes convergent vers Paris. Une des grandes nouveautés a été l’introduction de temps de catéchèse par les évêques qui perdurent encore aujourd’hui. Il y a aussi eu le Festival de la jeunesse et puis également une forme d’audace avec la veillée baptismale qui a été bouleversante.

Les JMJ de 1997 ont été marqués par une forme de créativité liturgique et ces actions montrent aussi la vitalité de l’Eglise…

Le fait d’avoir associé le styliste Jean-Charles de Castelbajac à la réalisation des chasubles des évêques et des prêtres, de demander à Christofle de concevoir les vases sacrés ou de solliciter Monsieur Jean-Marie Duthilleul pour concevoir les espaces liturgiques et la cathédrale de lumière à Longchamp, tout cela a donné en effet l’image d’une Eglise qui ne se rassemblait pas pour elle-même mais qui est établie au cœur du monde. Je pense aussi à la très belle campagne de publicité qui a été menée par Publicis.

PARIS : JOURNEES MONDIALES DE LA JEUNESSE - PREPARATIFS AVEC LE STAFF DE LA RUE SAINT VINCENT / PUBLICITE DANS LE METRO / PREPARATION DU "SAC DU PELERIN" A EVRY .

 

Ils avaient choisi de garder quelques versets d’évangile, comme des diamants bruts, avec le logo des JMJ placardé en affiche de 4 mètres sur 3 dans tout Paris, c’était absolument extraordinaire ! En prenant le métro, on voyait écrit en gros « Aimez vos ennemis » ; la puissance de la parole de Dieu était honorée avec cette manière de faire.

Avez-vous participé à la messe des séminaristes de Saint-Germain-des-Prés ?

Effectivement, j’étais à la messe qui a été célébrée pour les séminaristes et je me souviens encore de cette phrase : « les séminaristes sont la prunelle de l’œil de l’évêque ». Concernant les vocations, il y eu aussi une splendide veillée musicale, un oratorio, sur le parvis de Notre-Dame de Paris.

Et d’autres temps forts ?

La découverte de Frédéric Ozanam durant sa béatification a été un émerveillement. J’en conserve aujourd’hui encore le souvenir d’un homme qui dans la société bouleversée de son époque (NDLR. 19e siècle) a toujours su tirer parti de la situation concrète même si celle-ci est contraignante.

Une forme d’Espérance que j’ai trouvée profondément évangélique. Le problème des JMJ, c’est qu’il y a de trop nombreux temps forts ! Il y a eu des signes plus discrets mais non moins forts comme le passage de Jean-Paul II sur la tombe du professeur Lejeune. C’était un geste tout à fait privé mais signifiant.

Avez-vous eu l’occasion de retourner aux JMJ ?

Comme séminariste, puis comme aumônier d’étudiant, je me suis rendu à Rome en 2000, à Toronto en 2002, à Cologne en 2005, à Madrid en 2011, à Rio de Janeiro en 2013 et à Cracovie en 2016. Bref, je n’ai jamais autant voyagé depuis que je suis prêtre !

Les JMJ n’ont pas « les promesses de la vie éternelle » ! En revanche, nous ne pouvons pas nier à la fois le révélateur et le creuset que constituent les JMJ pour de nombreux jeunes qui, à l’appel du pape font l’expérience d’une Eglise maternelle qui les enfante à une vie nouvelle à la suite du Christ ressuscité. Cela a un poids d’éternité !

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