9. Pour une juste compréhension de la laïcité

laïcité-10Si nous savons que le phénomène de la sécularisation a largement gagné et bousculé l’Europe occidentale, en faisant baisser l’influence des religions dans les sociétés, les choses sont encore un peu plus compliquées dans notre pays. On le voit bien, il est très difficile dans l’espace public de parler paisiblement de religion. Le fait religieux peine à trouver sa place dans la simple culture de l’individu et du citoyen. Plus encore, certains ont du mal à considérer que le religieux ait quelque chose de positif à apporter à la vie en société, et doutent que la religion soit un élément qu’on ne peut négliger pour la bonne santé du corps social.

Sur ce point, la laïcité dans notre pays est au cœur d’un débat, car chacun met des conceptions différentes derrière cette notion. Au sens strict et originel du terme, la laïcité signifie la séparation de l’institution religieuse et de l’institution politique. L’Eglise ne commande pas à l’Etat, l’Etat ne commande pas à l’Eglise. Et l’école publique, ouverte à tous, est indépendante de toute influence religieuse. Si la laïcité a effectivement réglé un certain nombre de problèmes dans le passé, il convient de voir comment elle peut être utile aujourd’hui pour résoudre nos problèmes contemporains.

Ce sujet est devenu un lieu de tension indéniable qui tient beaucoup au mouvement de réaffirmation des religions, particulièrement de l’islam, dans notre société. Une société où, de fait, les religions ne structurent plus la vie d’une majorité de la population. Notre pays est agité par un débat qui oppose les tenants d’une laïcité étroite qui voient dans toute religion un ennemi potentiel de la République et de la liberté humaine, et les partisans d’une laïcité ouverte qui considèrent la République comme la garante de la place des religions, de l’expression des convictions et des croyances, garante aussi de l’apport bénéfique qu’elles peuvent apporter à la vie de notre pays. La laïcité de l’Etat est un cadre juridique qui doit permettre à tous, croyants de toutes religions et non-croyants, de vivre ensemble. Elle ne doit pas dépasser son objectif en voulant faire de la laïcité un projet de société, qui envisagerait une sorte de neutralisation religieuse de cette société, en expulsant le religieux de la sphère publique vers le seul domaine privé où il devrait rester caché. Cette conception est néfaste pour la société. Elle ne respecte pas les personnes et engendre des frustrations qui vont conforter le communautarisme. Elle prive enfin la vie publique d’un apport précieux pour la vie ensemble. À un moment où la société française a besoin de se rassembler, il faut reprendre paisiblement ce débat en évitant de stériles instrumentalisations politiques.

Cette crise du politique dont nous venons de mettre en lumière quelques aspects ne doit pourtant pas être réduite à ce qu’elle a de plus sombre. Elle révèle, comme toute crise, des attentes et des ressources.

 

Pistes pour échanger
  • Selon vous, quelle place doivent avoir les religions dans l’espace public ?
  • Quel sens donnez-vous à la notion de laïcité ?

Table des matières
« Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique »
Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France aux habitants de notre pays

Introduction

  1. Retrouver le politique
  2. Une société en tension
  3. Ambivalences et paradoxes
  4. Un contrat social à repenser
  5. Différence culturelle et intégration
  6. L’éducation face à des identités fragiles et revendiquées
  7. La question du sens
  8. Une crise de la parole
  9. Pour une juste compréhension de la laïcité
  10. Un pays en attente, riche de tant de possibles

Conclusion
Quelques pistes pour échanger à partir du texte

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