« Le sens du rassemblement d’Assise » par Jean-Paul II

Extrait du discours de Jean-Paul II aux cardinaux et à la Curie Romaine le 22 décembre 1986 sur le sens de la rencontre interreligieuse d’Assise.
1. En cette Journée …et dans la prière qui en était le motif et l’unique contenu, semblait s’exprimer pour un instant, même de manière visible, l’unité cachée mais radicale que le Verbe divin, « dans lequel tout a été créé et dans lequel tout subsiste » (Col 1, 16; Jn 1, 3), a établie entre les hommes et les femmes de ce monde… Le fait d’être réunis à Assise pour prier, jeûner et cheminer en silence, et cela pour la paix toujours fragile et toujours menacée, peut-être aujourd’hui plus que jamais, a été comme un signe clair de l’unité profonde de ceux qui cherchent dans la religion des valeurs spirituelles et transcendantes en réponse aux grandes interrogations du cœur humain, malgré les divisions concrètes (cf. Nostra ætate, 1).(…).

3. Plus d’une fois, le Concile a mis en relation l’identité même et la mission de l’Église avec l’unité du genre humain, spécialement lorsqu’il a voulu définir l’Église « comme sacrement, c’est-à-dire comme signe et instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen gentium 1, 9; cf. Gaudium et spes, 42). (…)

4. Comme on le lit dans la première Épître à Timothée, Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à la connaissance de la vérité. Car Dieu est unique, unique aussi est le médiateur entre Dieu et les hommes » (2, 4-6). Ce mystère éclairant de l’unité du genre humain dans sa création et de l’unité de l’œuvre salvifique du Christ qui porte avec lui la naissance de l’Église, comme ministre et instrument, s’est manifesté clairement à Assise, malgré les différences des professions religieuses, en rien cachées ou atténuées. (…)

5. Les hommes peuvent souvent ne pas être conscients de leur unité radicale d’origine, de destin et d’insertion dans le plan même de Dieu et, lorsqu’ils professent des religions différentes et incompatibles entre elles, ils peuvent même ressentir leurs divisions comme insurmontables. Mais, malgré cela, ils sont inclus dans le grand et unique dessein de Dieu, en Jésus Christ qui « s’est uni d’une certaine manière à tous les hommes » (Gaudium et spes, 22), même si ceux-ci n’en sont pas conscients.

6. Dans ce grand dessein de Dieu sur l’humanité, l’Église trouve son identité et sa tâche de « sacrement universel de salut » en étant précisément « signe et instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen gentium, 1). Cela signifie que l’Église est appelée à travailler de toutes ses forces (l’évangélisation, la prière, le dialogue) pour que disparaissent entre les hommes les fractures et les divisions qui les éloignent de leur principe et fin et qui les rendent hostiles les uns aux autres. Cela signifie aussi que le genre humain tout entier, dans l’infinie complexité de son histoire, avec ses cultures différentes, est « appelé à former le nouveau Peuple de Dieu » (Lumen gentium, 13) (…).

7. C’est précisément la valeur réelle et objective de cette « ordination » à l’unité de l’unique Peuple de Dieu, souvent cachée à nos yeux, qui a pu être reconnue dans la Journée d’Assise, et dans la prière avec les représentants chrétiens, c’est la profonde communion qui existe déjà entre nous dans le Christ et dans l’Esprit, vivante et agissante, même si elle est encore incomplète, qui a eu l’une de ses manifestations particulières. L’événement d’Assise peut ainsi être considéré comme une illustration visible, une leçon de choses, une catéchèse intelligible à tous de ce que présuppose et signifie l’engagement œcuménique et pour le dialogue interreligieux recommandé et promu par le Concile Vatican II. Comme source inspiratrice et comme orientation fondamentale pour un tel engagement, il y a toujours le mystère de l’unité, aussi bien celle qui est déjà atteinte dans le Christ par la foi et le baptême que celle qui s’exprime dans « l’ordination » au Peuple de Dieu et donc encore à atteindre pleinement. (…)

9. En présentant l’Église catholique qui tient par la main ses frères chrétiens et ceux-ci tous ensemble qui donnent la main aux frères des autres religions, la Journée d’Assise a été comme une expression visible de ces affirmations du Concile Vatican II. Avec elle et par elle, nous avons réussi, grâce à Dieu, à mettre en pratique, sans aucune ombre de confusion ni de syncrétisme, cette conviction qui est la nôtre, inculquée par le Concile, sur l’unité de principe et de fin de la famille humaine et sur le sens et la valeur des religions non-chrétiennes.
La Journée ne nous a-t-elle pas enseigné à relire, à notre tour, avec des yeux plus ouverts et plus pénétrants, le riche enseignement conciliaire sur le dessein salvifique de Dieu, le caractère central de ce dessein en Jésus Christ et la profonde unité dont il part et vers laquelle il tend à travers la diaconie de l’Église? L’Église catholique s’est manifestée à ses fils et au monde dans l’exercice de sa fonction de « promouvoir l’unité et la charité entre les hommes, et même entre les peuples » (Nostra ætate, 1).
En ce sens, on doit encore dire que l’identité même de l’Église catholique et la conscience qu’elle a d’elle-même ont été renforcées à Assise. L’Église, en effet, c’est-à-dire nous-mêmes, nous avons mieux compris, à la lumière de l’événement, quel est le vrai sens du mystère d’unité et de réconciliation que le Seigneur nous a confié et qu’il a exercé en premier lorsqu’il a offert sa vie « non seulement pour le peuple mais aussi pour réunir les fils de Dieu qui étaient dispersés » (Jn 11, 52). (…)

11. Là, on a découvert, de manière extraordinaire, la valeur unique qu’a la prière pour la paix et même que l’on ne peut obtenir la paix sans la prière, et la prière de tous, chacun dans sa propre identité et dans la recherche de la vérité. C’est en cela qu’il faut voir, à la suite de ce que nous venons de dire, une autre manifestation admirable de cette unité qui nous lie au-delà des différences et des divisions de toutes sortes. Toute prière authentique se trouve sous l’influence de l’Esprit « qui intercède avec insistance pour nous car nous ne savons que demander pour prier comme il faut », mais Lui prie en nous « avec des gémissements inexprimables et Celui qui scrute les cœurs sait quels sont les désirs de l’Esprit » (Rm 8, 26-27). Nous pouvons en effet retenir que toute prière authentique est suscitée par l’Esprit-Saint qui est mystérieusement présent dans le cœur de tout homme. C’est ce que l’on a également vu à Assise: l’unité qui provient du fait que tout homme et toute femme sont capables de prier, c’est-à-dire de se soumettre totalement à Dieu et de se reconnaître pauvre devant lui. La prière est un des moyens pour réaliser le dessein de Dieu parmi les hommes (cf. Ad gentes, 3). Il a été rendu manifeste de cette manière que le monde ne peut pas donner la paix (cf. Jn 14, 27), mais qu’elle est un don de Dieu et qu’il faut l’obtenir de lui par la prière de tous. (…)
 

Sur le même thème