Devenir prêtre autrement

Depuis 50 ans le Séminaire-GFU (Groupe de Formation Universitaire) offre à des jeunes de toute la France un chemin original de préparation en vue du ministère diocésain. Son supérieur depuis 2015, le père Emmanuel Goulard, prêtre du diocèse d’Albi et sulpicien, présente cette démarche. Propos recueillis par Chantal Joly.

pere goulardVous avez fêté, le 16 septembre dernier, le jubilé du séminaire-GFU. Comment s’est passée cette journée anniversaire ? 

De belles amitiés ayant perduré, l’invitation s’était transmise d’anciens en anciens. La journée a rassemblé une soixantaine de participants. Parmi eux des gens mariés qui, lors des échanges de l’après-midi, ont témoigné de façon tout à fait pacifiée de la manière dont le GFU les a aidés à s’enraciner dans une vie spirituelle et à servir l’Église. Deux moines de l’abbaye d’En Calcat ont envoyé un message.

Le matin a été présentée l’histoire du séminaire avec ses évolutions. Une véritable page de la vie de l’Église en France ! Il a en effet été créé en 1967 par un prêtre de la Mission de France dans le dynamisme missionnaire des mouvements d’Action catholique. Puis, à une époque où les petits séminaires se sont fermés au moment de la chute des vocations, il a permis à des jeunes qui n’avaient pas tellement de lieux pour se poser la question de la prêtrise d’avoir à la fois un temps (sept week-end de cours, célébrations, vie communautaire, une session d’été de trois semaines et deux retraites) et un accompagnement spirituel pour ce discernement.

Vous qui êtes également supérieur du séminaire Saint-Sulpice d’Issy-les-Moulineaux, dans le diocèse de Nanterre. En quoi la démarche spécifique GFU est-elle utile ?

À Issy-les-Moulineaux, le 1e cycle (ou cycle de philosophie) se fait en deux ans. En GFU, comme les séminaristes ont aussi leur cursus universitaire, ils font l’équivalent de ces deux années en 6 ans. Ensuite, s’ils poursuivent, ils réaliseront les 4 années de théologie dans un grand séminaire avec les autres séminaristes. Cette formule de formation offerte par le GFU permet une variété dans la formation car il n’y a pas la « solution-miracle » qui convienne à tous les candidats ! Je repense à ce séminariste qui a eu besoin de ses 6 années de formation « pour poser son choix ». C’est également important que les prêtres aient des compétences et acquièrent non seulement une culture générale et parfois technique mais également des réflexes pour savoir travailler en équipe ou gérer des conflits. La grande richesse de cette formation est surtout de se former en milieu ouvert. Ces jeunes ne peuvent pas ignorer la réalité d’aujourd’hui ; à savoir que les mondes des croyants et celui des non-croyants s’éloignent. Eux font ce grand écart.

Le Séminaire Saint-Sulpice d'Issy-les-Moulineaux construit au XVIIe s. et en partie reconstruit par l'architecte BERARD à partir de 1871, Hauts de Seine (92), France.

Quel est le profil des jeunes qui rejoignent le séminaire-GFU ?

Issus du scoutisme, d’aumôneries et de mouvements charismatiques, ils viennent à la fois de diocèse ruraux (Langres, Auch, Cahors…) et urbains (Strasbourg, Lille, Nanterre…). Certains sont accompagnés par un prêtre de leur diocèse mais d’autres sont issus de familles totalement non-croyantes. Je pense à l’un d’eux qui a découvert l’Église par la série de Canal + Borgia et s’est formé par lui-même. Plusieurs d’entre eux connaissent des réalités familiales compliquées. Quelques-uns sont déjà immergés dans le monde professionnel ; par exemple un infirmier qui doit à l’hôpital cinq années en contrepartie du financement de ses études, mais la majorité poursuit encore des études supérieures (écoles d’ingénieurs, école de médecine, facultés de droit ou de psychologie).  Ces jeunes affrontent donc la double exigence de mener en parallèle un cursus d’études profanes et des études ecclésiastiques (70% de philosophie, introduction à la théologie…), avec parfois des insertions pastorales. Leur défi est de savoir organiser leur temps, de développer leur intériorité alors qu’ils n’ont pas de cloche pour les appeler à l’heure de la prière, d’apprendre l’art de la rencontre à l’heure d’Internet et la durée au siècle du zapping…Et surtout de construire leur unité de vie. Cette exigence est belle et elle est formatrice.

Quel regard portez-vous sur eux ?

Leur génération porte les faiblesses et les points forts d’aujourd’hui. Je les trouve extrêmement généreux car ils s’engagent sans avoir de visibilité sur leur ministère à l’horizon de dix à vingt ans. Ils sont extrêmement motivés et il faut l’être pour venir suivre 7 heures de cours du samedi matin au dimanche après-midi, souvent après avoir fini des TP le vendredi soir. Je trouve également assez fort et assez touchant qu’entre les week-ends ils se partagent des nouvelles via les réseaux sociaux. On sent chez eux un fort désir missionnaire. Le Pape François produit son effet. En tant que supérieur des deux séminaires, je suis heureux de travailler tel un jardinier à la pousse de toutes ces vocations. Je vois que l’Église est vivante et que le Seigneur continue d’appeler.

Quelques chiffres

Dans les années 70-80, le séminaire-GFU a compté jusqu’à une centaine de jeunes par an, comptant même des groupes régionaux. Au cours des dix dernières années 86 jeunes ont été en formation au GFU, 38 ont arrêté leur formation, 22 continuent leur parcours GFU, 14 poursuivent leur formation dans un grand séminaire, 12 ont été ordonnés prêtres. Actuellement ils sont 17 en formation.

 

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