Rentrée universitaire : la « catho » fait peau neuve

Ouvert à la curiosité du grand public lors des Journées européennes du patrimoine, l’Institut Catholique de Paris métamorphosé va être officiellement inauguré le 3 octobre. Petite visite d’un haut lieu du savoir et du sens qui a repensé son architecture en fonction de sa mission au service de la jeunesse et de la société. Par Chantal Joly.

« La différence, c’est qu’il manque le bruit. C’était juste sous mes fenêtres », commente le recteur de l’ICP Philippe Bordeyne, recevant la presse jeudi 7 septembre. À l’issue de deux ans de travaux – sans interruption d’activités – c’est un bâtiment ayant recherché l’alliance la plus réussie possible entre modernité et patrimoine, innovation et tradition, qui s’offre aux regards. Et s’il est un lieu où le mot biblique de l’ »alliance » résonne de façon forte, c’est bien dans cette enceinte empreinte de spiritualité !

Philippe Bordeyne 3

Petite révolution pour tous ceux qui fréquentent l’ICP ; fini le 21 de la rue d’Assas ; désormais l’accès principal se fait par le 74 rue de Vaugirard. C’est plus qu’anecdotique. Non seulement parce que le 74 était l’entrée d’origine, mais aussi parce que celle-ci « donne sur la façade la plus ancienne, celle de l’ancien couvent des Carmes qui reflète la lumière », explique le concepteur du projet immobilier, Jean-Marie Duthilleul.

Institut catholique de Paris

Quant à la cour d’honneur, dont l’austérité virginale tranche avec le raffinement de la façade ouvragée de briques dans le style des collèges anglais, « c’est un lieu de rencontre et de liens avec des plans inclinés très doux et un sol très clair pour que les silhouettes des gens se détachent, comme sur un plateau de mise en scène », poursuit l’architecte, célèbre pour ses interventions dans des gares (Lille-Europe, Avignon TGV…) et ses aménagements de cathédrales (Notre-Dame de Paris, Strasbourg). Toutes les circulations ont été repensées afin que les étudiants, enseignants et chercheurs se rencontrent ; de la même manière que sont recherchées les collaborations entre les disciplines.

Humanités numériques et humaines

« Ce qui fait la crédibilité et l’attractivité de l’Institut catholique, c’est le fait d’associer dans un même élan l’immobilier et l’académique », explique le recteur. Il y a cohérence entre l’architecture et le projet. Ainsi le Forum, espace bi-frontal rappelant l’agora grecque, composé de gradins placés en face à face, équipé de volets intérieurs en bois et de lampes en LED (au nom du souci du développement durable) et de grands écrans, illustre cette double ambition : favoriser les échanges et le travail en commun et ancrer la pédagogie dans la modernité. Raison pour laquelle la couverture Wifi est désormais opérationnelle dans tout le bâtiment. Pour autant « Il ne s’agit pas d’être fasciné par la réalité virtuelle mais d’entrer dans cette manière de voir le monde en étant capable de l’insérer dans notre enseignement », précise Philippe Bordeyne. Et il ajoute : « La génération dite Z, fluide, mobile, a besoin d’enracinement. […] Nous devons réactiver nos valeurs essentielles pour les offrir à la société du XXIème siècle ». Tant les espaces dédiés aux nouvelles technologies (salle de projection couleur bleu nuit digne d’un cinéma, laboratoire avec du mobilier connecté et modulable, studio permettant le montage de documents audiovisuels) que les nouvelles formations (Masters en « Communication corporate, politique et numérique » et « Humanités numériques et innovations éducatives ») visent à former aux métiers et compétences de demain en les associant aux Sciences humaines et sociales.

Du XVIIème au XXIème siècle

S’il est un espace symbolique de l’inscription de l’ICP dans l’Histoire et de sa projection dans l’avenir, c’est son auditorium central sous la cour d’honneur. L’amphithéâtre de 400 places, destiné à accueillir des colloques internationaux, est habillé de chêne. L’acoustique est parfaite. On se trouve en sous-sol mais on voit la lumière du jour. Il y a des prises électriques toutes les deux places. Et surtout, à travers les vitres, on aperçoit les fondations du bâtiment du 17ème siècle, les pierres des 18 et 19ème siècles, le béton du XXème et même, dans le petit jardin au pied du CROUS, les moellons romains récupérés lors du creusement à 10 mètres.

Au final, ce sont donc des locaux fonctionnels, gais (couloirs rouges, sols jaunes, parois vertes…), plus vastes (1000m2 créés en plus des 4000M2 restaurés), accessibles aux personnes porteuses de handicap et ouverts sur la Cité, qui ouvrent une nouvelle ère pour l’ICP. Tout un « écosystème dont l’étudiant est au cœur », déclare son recteur. Philippe Bordeyne tient malgré tout à « parler avec modestie » car l’ICP ne représente que « 1, 5% de la population étudiante d’Ile-de-France ». Mais quels trésors historiques, architecturaux et pédagogiques !

Quelques dates et chiffres

L’Institut Catholique de Paris est sous statut EESPIG, Établissement d’Enseignement Supérieur Privé d’Intérêt Général.

Son campus a été fondé en 1875.

Actuellement l’ICP propose 165 parcours d’études et accueille 10.000 étudiants chaque année avec une progression annuelle de 3%. Il a signé 165 accords avec des universités internationales.

Le coût global de sa rénovation est de 20 millions d’euros, financé par un emprunt et les dons des familles mais aussi d’amis et d’anciens étudiants.

 

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