Motu proprio Summorum Pontificum

P. Emmanuel CoquetLa participation à la liturgie – et en tout premier lieu à la célébration de l’eucharistie – est un sujet qui engage pleinement le fidèle catholique. Sommet de l’expression de sa foi, la messe implique totalement chaque fidèle et mobilise tout son être : corps, âme, esprit.

Par notre participation à l’eucharistie, se joue l’adhésion au mystère de Dieu lui-même. Dans cette démarche, toute notre personne est impliquée et remise dans les mains de Dieu en nous associant au sacrifice de l’Unique Sauveur, Jésus-Christ. Par l’eucharistie et sa Parole, le Seigneur nourrit et fortifie son peuple qui trouve son origine et sa fin dans le cœur de Dieu.

Créature face au Créateur, l’homme éprouve dans la liturgie qu’il est atteint dans ce qu’il y a de plus intime, de plus décisif dans son existence et ce, jusqu’à l’indicible. La liturgie nous donne un cadre et des mots pour pouvoir vivre cette expérience. La messe est le lieu où se tisse ce lien profond entre notre foi et notre relation filiale à Dieu dans une expression liturgique.

Depuis la réforme liturgique promue par le Concile Vatican II (1962-1965), un certain nombre de catholiques demeurent attachés à la forme ancienne de la liturgie, témoignant ainsi de la richesse propre de celle-ci. Les particularités les plus visibles de l’ancienne liturgie sont l’usage du latin et l’orientation du célébrant.

Aussi, dans un profond souci de communion au cœur de l’Église, le pape Benoît XVI par une lettre apostolique intitulée Summorum Pontificum [1] permettait il y a dix ans aujourd’hui (le 7 juillet 2007) un accès plus large à la célébration des sacrements selon la forme ancienne du rite romain (notamment la messe selon le missel romain dans son édition de 1962, dite « messe de saint Pie V »). Les décisions du pape ont pris effet lors de la fête de la Croix glorieuse de la même année : le 14 septembre 2007.

Benoît XVI a manifesté par ce geste un large soin du peuple de Dieu dans toutes ses dimensions et sensibilités. C’est le souci des fidèles et du bien commun de l’Eglise qui a guidé sa décision de faciliter l’accès à l’ancienne liturgie à des groupes stables de fidèles. Comme le pape l’indique dans sa lettre cette décision s’inscrit dans le prolongement et en cohérence de premières dispositions prises par son prédécesseur, saint Jean-Paul II, pour manifester la sollicitude de l’Église vis-à-vis de l’ensemble du peuple de Dieu.

Si les rites diffèrent, les fidèles participant sous une forme ou l’autre à ces liturgies sont bien unis dans une même foi. Il n’y a qu’un seul rite romain qui est désormais mis en œuvre selon deux missels.

Dans ce motu proprio, le pape aujourd’hui émérite, rappelle à plusieurs reprises le critère de discernement constant pour l’application du droit : le bien des personnes. C’est bien cette mesure qui manifeste une délicate charité de l’Église envers ses enfants.
Dix ans après la réception de cette lettre apostolique, nous pouvons nous réjouir que chacun puisse goûter la plénitude du sens de la communion au sein de l’Eglise : une communion qui supporte l’altérité au sens fort du terme. Cela relève toujours d’un travail qui manifeste notre fidélité à l’Eglise et l’estime que nous devons nourrir pour la foi de tous nos frères.

[1] Titre reprenant les premiers mots de ce motu proprio : « Les souverains pontifes ».

Père Emmanuel Coquet

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