« Le prêtre diocésain, un prêtre tout terrain »

P.Emmanuel-GOULARDDe nombreux prêtres diocésains seront ordonnés comme chaque année en juin et juillet. Le séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux, est un institut de formation qui accueille en 2017 : 42 jeunes hommes issus de neuf diocèses. Depuis un an, le Père Emmanuel Goulard, Supérieur du séminaire encadre les séminaristes. À quelques jours de la fin de l’année sacerdotale, il nous livre sa vision du prêtre diocésain.

« Ce fut une grande joie d’encadrer les séminaristes. Le terme « séminaire » est lié au mot « semence ». Le séminaire est un lieu de croissance qu’il faut arroser, bêcher et tailler. » C’est par ces mots que le Père Emmanuel Goulard, Supérieur du séminaire Saint-Sulpice résume l’année écoulée.

Depuis un an, le séminaire Saint-Sulpice a un nouveau Supérieur. Le Père Emmanuel Goulard, 44 ans, a succédé en septembre 2016 à Monseigneur Didier Berthet, nommé évêque de Saint-Dié. Jusqu’alors il était prêtre dans le diocèse d’Albi et supérieur du Séminaire GFU (Groupe de Formation Universitaire). Un parcours qui permet aux étudiants de poursuivre leurs études universitaires d’état tout en effectuant le premier cycle de la formation sacerdotale (études de philosophie), en week-ends mensuels et sessions d’été. En cette fin d’année sacerdotale, 84 prêtres diocésains et 33 prêtres religieux seront ordonnés en 2017. Une nouvelle vie commence pour ces prêtres diocésains, à l’issue d’un parcours qui, souvent a été parsemé d’épreuves et de difficultés.

Six ans de formation

Après une année en propédeutique, les séminaristes vivent leur formation sur six ans. Le séminaire d’Issy-les-Moulineaux dispose d’une formation intégrale qui se décline en quatre dimensions : une formation humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale de deux ans années de philosophie et de quatre années de théologie avec l’ordination diaconale puis l’ordination sacerdotale. Le séminaire d’Issy-les-Moulineaux compte 42 séminaristes pour l’année 2016-2017 incluant quelques séminaristes étrangers – originaires d’Afrique, d’Asie, d’Europe ou d’Amérique latine – qui présents pour un temps de mission en France retournent ensuite dans leur pays respectif.

« Un prêtre tout terrain »

« Le prêtre est aujourd’hui tout terrain », explique le Père Goulard. Polyvalent, « il accueille une grande variété de personnes, à la fois les pratiquants lors des préparations, et aussi des personnes non croyantes par les différentes célébrations. » Le cœur de mission du prêtre se caractérise aussi par une grande variété d’activités : des célébrations, la transmission de la foi, l’animation d’une communauté paroissiale en passant par des obligations administratives. Le prêtre est également présent au quotidien dans la durée. « Il reste en moyenne six années dans sa paroisse. Ce qui lui permet d’avancer dans l’échange avec les paroissiens. »

Le Père Emanuel Goulard pense aussi qu’il faut aider les communautés paroissiales à aller au-devant des fidèles. « Comme le souligne le Pape François, il faut aider la communauté à rejoindre ceux qui ne viennent pas frapper à la porte. Être missionnaire ne veut pas dire imposer les choses. C’est une évolution du ministère diocésain. On sent bien que l’Église a besoin de rejoindre les périphéries et de se préoccuper de ceux qui ne sont pas en contact. »

Apprendre la dimension ecclésiale

Au fur et à mesure de la formation, les séminaristes apprennent à intégrer la dimension ecclésiale. L‘objectif est qu’ils se sentent prêts à la fin de leur cursus. « Ils apprennent à remettre leurs désirs entre les mains de l’Eglise. Pour eux, ce ministère est comme une vocation, un appel. D’ailleurs, quand j’accueille les nouveaux, il est intéressant d’entendre leur parcours et de voir comment ils deviennent prêtres parfois sur le tard et comment ils arrêtent leur profession pour entrer en année propédeutique. » Avant de choisir le sacerdoce, une partie des séminaristes ont déjà eu un parcours universitaire et une expérience professionnelle. Quelques-uns d’entre eux entrent à l’âge de 18 ou 19 ans mais l’âge médian des séminaristes sur les six années de formation est de 30 ans. Ces séminaristes ont en commun d’avoir « acquis des compétences et des connaissances professionnelles, avec parfois à la clé des chemins de conversion ou de redécouverte de la foi. »

Le temps de séminaire sert à forger le discernement. Un quart des séminaristes arrête après une ou deux années de formation spirituelle. « C’est parce qu’ils ont discerné qu’ils ne sont pas appelés à cette vocation », souligne le Père. La maturation du discernement de la vocation est une étape incontournable. « Assumer un ministère est quelque chose d’assez exigeant et éprouvant. Il nous faut des séminaristes qui présentent un bon équilibre humain pour s’insérer dans la vie diocésaine. »

Ce chemin est parfois semé de doutes ou d’illusions. « La décision n’est pas toujours facile, la durée de l’engagement ou la situation de l’Église peut faire peur », reconnait le Père. « Aujourd’hui, on voit bien que décider est de plus en plus difficile. On a parfois besoin d’un peu plus du temps pour que les maturités humaines et spirituelles se mettent en place. » Et en cas de doute ? « On cherche à l’éclaircir. » L’important est que les séminaristes arrivent avec des décisions personnelles et surtout une décision mature. Car dans le contexte d’aujourd’hui : « Il existe une grande variété de choix de vie. Il faut une forte foi et une générosité pour devenir prêtre. Il faut accompagner ces candidats, jeunes et moins jeunes vers un choix de vie. Car ils apportent beaucoup de bien à l’Eglise et au monde. »

L’insertion dans la vie diocésaine

La vie diocésaine, justement, ils s’y sont préparés en amont. À Issy-les-Moulineaux, dès le début de leur formation, les séminaristes sont envoyés en paroisse le week-end pour 36 ou 48 heures. « Ce va-et-vient entre les études et l’ancrage diocésain est nécessaire pour la fidélité des études. Ça les aide dans leur discernement et dans leur choix. Ils rentrent dans le vif du sujet et ils perdent leurs illusions. »

Plus ils avancent dans la formation, plus l’insertion dans le diocèse est importante. « Dès leur année de théologie, du vendredi après-midi jusqu’au dimanche soir, ils sont en paroisse. Quand ils sont diacres, ils sont 4 jours par semaine en paroisse. » Ils sont envoyés dans leur diocèse d’incardination c’est-à-dire les diocèses de la région parisienne : Nanterre, Saint-Denis, Évry, Créteil et Pontoise ainsi que dans les diocèses d’Evreux, Rouen, Beauvais ou Amiens. Ainsi, au terme de ces six années de formation et de discernement, les jeunes prêtres s’engagent totalement pour servir leur diocèse.

En quelques chiffres

862 séminaristes en France en 2017.

42 séminaristes à Issy-les-Moulineaux – 6 d’entre eux seront ordonnés prêtres et 9 seront ordonnés diacres.

Les séminaristes à Rome avec le Pape François

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