Documents épiscopat : « Jeunes professionnels, quelles pédagogies, quels accompagnements ? »

P. Didier NoblotLa revue Documents épiscopat consacre son dernier numéro aux groupes de jeunes professionnels (JP). De plus en plus nombreux dans les communautés, mouvements et diocèses, l’enquête apporte un éclairage sur les attentes et les défis de cette génération (25-35 ans) et s’inscrit dans la perspective du Synode de 2018 sur « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel. »  Entretien avec le Père Didier Noblot, Directeur adjoint du Service national pour l’évangélisation des jeunes et les vocations (SNEJV).

Pourquoi avoir consacré un numéro aux « jeunes professionnels » ?

Le Mouvement chrétien des cadres et dirigeants (MCC) a impulsé des initiatives autour des « jeunes professionnels » il y a une vingtaine d’années. Force est de constater que ces jeunes pros dans l’Eglise de France sont dynamiques. Au fil des ans, les équipes de « jeunes pros » se sont multipliées dans les diocèses, paroisses, communautés ou mouvements. D’où notre intention de sortir ce numéro sur les « jeunes pros » et ceci à la suite de deux rencontres nationales en 2013 et 2016.

Qui témoigne dans la revue Documents épiscopat ?

Nous avons regroupé deux témoignages de jeunes actifs, mené des entretiens avec Paul Wakim, directeur des malterie Soufflet et Valérie Séguy, directrice des ressources humaines de « Voyages SNCF ». Ils nous expliquent comment ils perçoivent cette génération qui arrive dans l’entreprise. Anne Mortureux, psychologue nous propose une analyse en miroir de cette génération avec ses défis existentiels, spirituels et humains. La fin de la revue met en avant un article plus pastoral qui préconise des pistes autour de l’accompagnement, de la relecture, et des figures spirituelles comme Elie, Saint Jean-Baptiste ou Saint-Ignace.

Comment définit-on un « jeune pro » ?

Le profil d’un jeune professionnel se distingue par la tranche d’âge 25 à 35 ans. Quatre-vingt-dix pourcents d’entre eux sont célibataires. C’est l’époque du premier emploi. Primo-arrivants dans une entreprise, ils sont souvent délocalisés par rapport à leur lieu d’étude ou leur attache familiale. Ils rejoignent dans ses groupes d’autres jeunes chrétiens, et sont en recherche de sens pour vivre un approfondissement de la foi.

Quel est l’enjeu pour cette génération ?  

L’enjeu est de mieux comprendre cette génération pour mieux l’accompagner. Car les jeunes adultes doivent relever des défis comme l’insertion dans le monde du travail, l’accompagnement de leur question de vie affective, l’entrée dans une vie de couple, la gestion de leur mobilité géographique.

Ainsi vous abordez une réflexion sur la génération « Y » qui arrive sur le marché du travail. Une génération qui a le désir de s’investir dans un monde qui ne leur est pas toujours adapté…

Née entre 1982 et 1992, cette génération doit gérer une masse d’information importante. Les jeunes adultes sont plus citoyens du monde que la génération précédente, plus performants dans les langues que leur manager, ils ont une grande ouverture au monde. Ils ont souvent été hyper valorisés dans leur vie d’étudiant surtout ceux qui ont suivi des écoles ou des formations hautement qualifiées. Et pourtant, quand ils arrivent dans l’entreprise, ils ne sont pas toujours aussi bien accueillis qu’ils l’espèrent. Et s’opèrent alors un décalage ou une rupture de reconnaissance qui nécessite un accompagnement.

Pourquoi et comment accompagner les jeunes pros ?

Les groupes « jeunes pros » peuvent être une occasion de relecture et d’accompagnement. Il est important de traverser avec eux les crises et les désillusions et d’aider chacun à découvrir le fil conducteur de sa vie. Par exemple, l’insertion dans la vie sociale est une étape importante dans la vie d’adulte qui nécessite de faire le deuil de sa vie étudiante, de s’investir dans le travail et de réorganiser ses relations, ses loisirs et le temps passé en famille. Accompagner le rapport au temps avec des temps de prière, d’adoration et de retraite spirituelle est aussi essentiel. Dans un monde marqué par l’accélération du temps et où la révolution numérique nous contraint à être connecté en permanence, il est intéressant dans les groupes de « jeunes pros » de se poser un instant pour savoir ce qui prend sens dans sa vie. La qualité de l’accompagnement passe alors par l’empathie et l’invitation à prendre du recul.

Qu’apportent ces groupes de « jeunes pros » ?

Les groupes « jeunes pros » peuvent être un bon lieu d’accueil et de mise en réseau. L’accompagnement peut passer par une formation autour de la pensée sociale de l’Eglise ou un enracinement de la foi. Dans l’accompagnement, les groupes JP invitent à passer du « On » au « Je ». Il faut inviter chaque jeune à se situer et à ne pas se camoufler derrière un « nous ». L’enjeu de l’accompagnement est de permettre aussi à chaque personne de s’impliquer, et donc à se mettre en jeu, de s’insérer et de prendre une place active dans la société et l’Église.

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Propos recueillis par E. DELANOË

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