« Fatima : humbles mais choisis »

P. Carlos Caetano, c.s.Célébrer le centenaire des apparitions de Notre-Dame de Fatima ne se résume pas seulement à l’anniversaire d’un évènement lointain, limité au Portugal de 1917. Les six apparitions de la “Vierge plus brillante que le soleil” aux trois petits bergers, entre les mois de mai et d’octobre, sont sans doute les passages les plus connus et étudiés, mais Fatima est un arbre dont les branches atteignent divers moments de l’Histoire mondiale.

Parler de Fatima implique aussi de parler de l’attentat contre le Pape Jean Paul II, sur la place Saint-Pierre, le 13 mai 1981 et des quatre répliques du miracle du soleil, observées en 1950, par le Pape Pie XII, dans les jardins du Vatican, peu de jours avant la proclamation du dogme de l’Assomption.

Dans l’histoire de Fatima nous ne pouvons omettre le contexte de Grande Guerre et oublié le «Secret» révélé par la Vierge, qui annonçait la fin de ce conflit mondial et le commencement d’un autre plus mauvais encore. De façon direct ou indirect, les apparitions ont d’ailleurs marqué leurs présences au sein de tout les grands conflits du XXe siècle, depuis la Guerre Froide entre les États-Unis et l’Union Soviétique, jusqu’à la Guerre Coloniale Portugaise.

Mais, pour une Église persécutée violemment par des systèmes athées durant tout le siècle dernier, Fatima est aussi la garantie maternelle que la Miséricorde divine aura le dernier mot dans l’Histoire.

Fatima est tout cela et bien plus encore. Ainsi, il n’est pas surprenant que ce 13 mai les motifs de célébrations et de joie soient nombreux : Au delà du 100ème anniversaire de la première apparition, ce sera également la première visite du Pape François au Portugal. Mais la plus grande allégresse sera sans nul doute la canonisation de Francisco et Jacinta. Victimes de la grippe espagnole de 1918, la réputation de sainteté des deux frères s’est propagée rapidement à travers le monde et en l’an 2000, ils furent les premiers enfants non-martyres à être béatifiés par l’Église Catholique [1].

La visite du Pape François s’insère également dans la lignée de reconnaissance des apparitions de Fatima suivie par les papes qui se sont succédé, depuis Pie XII, qui consacra le monde au Cœur Immaculé de Marie, à l’occasion du 25ème anniversaire des apparitions, le 31 Octobre 1942, jusqu’à Jean Paul II qui, au delà d’une profonde dévotion personnelle à Notre-Dame de Fatima, visita le Sanctuaire en trois occasions : en mai 1982, afin de rendre grâce pour sa survie à l’attentat subit l’année précédente; en mai 1991, lors du dixième anniversaire de l’attentat, pour remercier les surprenants changements survenus en Europe de l’Est; le 13 mai 2000, pour la béatification de Jacinthe et Francisco et l’annonce de la troisième partie du secret de Fatima.

La grande dévotion mariale du Pape François est probablement moins connue : le jour suivant son élection, il a visité la basilique romaine de Sainte-Marie-Majeure, pour confier son ministère à la Vierge. Deux mois plus tard, son pontificat était formellement consacré à Notre-Dame de Fatima, par le Cardinal Policarpo, patriarche de Lisbonne, qui récita le 13 mai 2013, dans le sanctuaire portugais, la prière solennelle de consécration.

Ce lien entre Fatima et le Pape François peut parfois surprendre (l’information de la consécration de son pontificat n’a pas rencontré de grand succès dans les moyens de communication sociale…). Cependant, nous ne pouvons nier une harmonie de spiritualité entre les trois petits bergers, apôtres de la Miséricorde de Dieu, et le ministère pontifical du Saint Père. De plus, cette harmonie parait encore plus évidente lorsque nous lisons la devise épiscopale inscrite sur le blason du Pape François et que nous y découvrons une devise applicable à la vie des petits bergers : miserando atque eligendo (humble mais choisi).

Père Carlos Caetano, Directeur du service national de la pastorale des migrants et des personnes itinérantes et Aumônier National des Communautés Catholiques Portugaises de France.

[1] En 2008 le processus de béatification de sœur Lucie (la troisième voyante) fût initié, abrégeant, par concession du Pape Benoît XVI, les délais canoniques requis.

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