RDC, le témoignage alarmant de Mgr Muyengo

Mgr Sébastien Muyengo, évêque d'Uvira (République Démocratique du Congo).

Mgr Sébastien Muyengo, évêque d’Uvira (République Démocratique du Congo).

Evêque d’Uvira, en République Démocratique du Congo, Mgr Sébastien Muyengo est invité par le CCFD-Terre Solidaire pour la campagne de Carême. Il a participé, le 21 mars, à une séance de travail avec des représentants de plusieurs associations confessionnelles de solidarité internationale, à la Maison des évêques, à Paris.

Le diocèse d’Uvira (RDC) est situé à la frontière avec le Burundi, à plus de 2.000 km de la capitale, Kinshasa. On compte environ 1,6 million d’habitants dans ce diocèse marqué par l’insécurité – des bandes armées font régner leur loi sur le territoire. L’état des routes ne permet pas non plus à Mgr Sébastien Muyengo de se rendre partout dans son diocèse, tout simplement parce qu’il n’y a pas d’accès. La population est en général pauvre, et sous le choc des bandes armées qui ravagent le pays.

L’évêque d’Uvira a été enseignant en théologie morale à l’Université catholique du Congo (Kinshasa), puis évêque auxiliaire de Kinshasa. Depuis sa nomination à Uvira, il a aussi été élu, au sein de la Conférence des Evêques du Congo (CENCO), président de la Commission Episcopale pour les ressources naturelles (CERN).

Pendant la discussion, plusieurs points ont été abordés.

La « malédiction » des ressources naturelles

Sous cette expression paradoxale, les observateurs de l’Afrique visent le phénomène suivant : lorsqu’on découvre des richesses minières dans certains pays, il en résulte… la guerre. Certains groupes veulent mettre la main sur les richesses des mines ou de la forêt, et prennent les armes pour cela. Comme il faut financer ces opérations armées, ils rackettent les compagnies d’exploitation et la population. Les forces armées gouvernementales ne se comportent pas beaucoup mieux avec une population prise en otage. L’Est de la RDC est une illustration malheureuse de cette « malédiction »… Le résultat tient dans le slogan bien connu : « L’Afrique est riche et les Africains sont pauvres ». C’est que les richesses naturelles ne profitent guère aux populations.

La faiblesse de l’Etat en RDC

L’appareil d’Etat ne fonctionne pas vraiment dans le pays. Par exemple, les enseignants ne sont guère payés. L’opération matérielle du transfert des salaires, lorsqu’ils sont versés, se fait parfois par l’intermédiaire de la Caritas. Etat effondré ! Comment développer le pays dans ce contexte ?

Les risques pour l’environnement

La pauvreté des populations explique certaines atteintes à l’environnement. Comme un déboisement excessif, qui a pour conséquence des glissements de terrain après les pluies… Les mêmes populations pauvres sont doublement victimes des conséquences d’une mauvaise gestion de l’environnement (forêts, sols…).

La mise sur pied par l’Eglise d’un Programme d’éducation civique et électorale, le PECE

La RDC devait organiser des élections présidentielles fin 2016. Le pays n’était pas prêt, disait les partisans du Président Kabila… Après des tensions avec le rassemblement des oppositions et une médiation de la Conférence des Evêques, soutenue par la « communauté internationale », ces élections ont été reportées fin 2017. Un gouvernement de transition, multipartisan, doit voir le jour. Mais cela traîne.

La corruption

Ceux qui doivent contrôler ne contrôlent pas, mais se laissent acheter. La corruption n’est plus seulement un comportement individuel répréhensible, une faiblesse morale, mais un système qui permet à certains de survivre (puisqu’ils ne sont pas payés). Il faut s’attaquer à la « corruption-système » qui est devenue une « structure de péché » dans le pays.

Le dynamisme de la société civile

La vraie société civile, celle qui n’a pas été achetée par le pouvoir en place ! L’Eglise fait partie de cette société civile indépendante. Cette société civile s’est regroupée en plateformes, sous divers noms. Souvent « Tournons la page », pour signaler qu’il n’y a pas de vraie démocratie sans alternance du pouvoir.

Ce qui étonne Mgr Muyengo, c’est l’espérance du peuple. Devant les difficultés, on trouve des populations résilientes : des femmes qui font des efforts surhumains pour nourrir leurs enfants, pour les (faire) éduquer. C’est dans cette détermination que l’on peut trouver des motifs d’espoir.

Père Antoine Sondag, Directeur du Service national de la Mission universelle de l’Eglise (SNMUE)

« Sauver la terre : quel espoir pour la survie de l’homme ? » logo_CCFD-Terre Solidaire_2012

On peut retrouver Mgr Sébastien Muyengo lors de conférences publiques sur les actions autour du respect des droits humains et de l’équilibre de l’environnement dans un contexte politique difficile.

Jeudi 23 mars, de 20h à 22h, à la Chapelle Notre-Dame-des-Anges (102 bis rue de Vaugirard), à Paris (6e).

Dimanche 26 mars : messe à 11h et témoignage à 13h30, à Bussy-Saint-Georges.

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