Médias : offrir des germes d’espérance

Nataša Govekar, Directrice du Département théologique et pastoral du Secrétariat pour la Communication (Rome).

Nataša Govekar, Directrice du Département théologique et pastoral du Secrétariat pour la Communication (Rome).

Nataša Govekar est Directrice du Département théologique et pastoral du Secrétariat pour la Communication, un des dicastères de la Curie romaine. Elle apporte son éclairage sur les médias, la communication du Saint-Siège et sur le thème de la 51ème Journée mondiale des communications sociales (28 mai 2017) : « Communiquer l’espérance et la confiance en notre temps ». Par Romilda Ferrauto.

Comment faut-il interpréter le thème de la Journée mondiale des communications sociales ? Faut-il faire confiance aux médias ou est-il plutôt nécessaire de leur apporter l’espérance chrétienne ?

Ce n’est certes pas dans les moyens de communication sociale que nous devons placer notre confiance. Car ceux-ci peuvent représenter une grande promesse, certes, mais aussi une grande illusion. Ce n’est pas là qu’un chrétien place ses fondamentaux. La question est plutôt de savoir comment nous communiquons en tant que chrétiens. C’est-à-dire : Sommes-nous, nous aussi, soumis à la logique selon laquelle une bonne nouvelle n’est pas une nouvelle, ou bien sommes-nous capables, à partir de la « Bonne Nouvelle », d’offrir au monde des germes d’espérance ? Comme le rappelle souvent le pape François, il ne s’agit pas d’être « optimistes » ; la Bonne nouvelle de l’Evangile n’est pas un optimisme facile ni superficiel. C’est une bonne nouvelle qui contient le drame de Pâques. C’est à partir des ruines, des désastres, des échecs de tout ce qui est humain que poussent les germes de l’espérance.

Les médias sont-ils encore au service de l’homme ou au contraire l’humanité est-elle esclave des médias ?

Là aussi, cela dépend des hommes. Les médias ne sont que des « moyens » et, comme l’affirme le pape François dans le message pour la 51ème Journée mondiale des communications sociales, ce n’est pas la technologie qui détermine l’authenticité d’une communication mais le cœur de l’homme. Il faut toutefois reconnaître que certains moyens de communication peuvent, en raison de leur propre fonctionnement, avoir un impact qui n’est pas négligeable. Aujourd’hui, le risque que les médias deviennent des idoles est plus grand, car ils parviennent encore mieux à capturer et à disperser notre attention. Par exemple, un média qui permet les échanges, le dialogue, peut être mal utilisé lorsqu’il favorise les commérages, les médisances et même la calomnie. Même WhatsApp [messagerie qui utilise la connexion Internet de votre téléphone au lieu d’utiliser le forfait, NDLR] que nous utilisons couramment peut devenir une arme qui peut faire du mal. Tout dépend bien sûr de l’usage que nous en faisons. Donc oui : l’éducation, la formation au bon usage des médias est aujourd’hui plus nécessaire que jamais afin que l’homme sache les utiliser comme des outils, sans courir le risque d’en devenir l’esclave et de se laisser lui-même façonner par ces outils.

L’univers numérique peut-il favoriser la solidarité et l’évangélisation ?

Aujourd’hui, il est impossible d’échapper à l’univers médiatique et à la culture numérique dans laquelle nous baignons. Pour un chrétien, la formation au bon usage des médias ne peut puiser sa source que dans l’Evangile, dans la Bonne Nouvelle. Et de même, les chrétiens peuvent utiliser les outils numériques pour faire passer le message de l’Evangile. Je donne souvent cet exemple : si le Pape parle sur la place Saint-Pierre, pour que toutes les personnes présentes puissent l’entendre et le voir, il faut des micros, des écrans géants… pour que sa parole, son visage, son sourire, ses gestes puissent atteindre tous les présents, on a déjà besoin de moyens de communication. Mais il y a d’autres écrans, petits et grands, qui peuvent lui permettre d’atteindre aussi ceux qui ne sont pas présents. Mais le message reste le même. De la même manière, des gestes de solidarité, d’encouragements qui naissent dans les cœurs peuvent atteindre d’autres cœurs. En ce qui concerne le pape François, en particulier, de nombreuses personnes écrivent sur les réseaux sociaux qu’en voyant son visage et ses gestes, elles peuvent voir son cœur. C’est comme si le Pape vivait sa vie spirituelle devant tout le monde. Et chacun parvient à saisir le sens de son comportement.

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Le pape François, personnalité de l’année 2014 pour « Time ».

Que peut-on dire justement de l’image du pape François dans l’opinion publique ? De son immense popularité, y compris dans les médias ?

Mon impression est qu’elle est la conséquence naturelle de son style pastoral. Ce qu’il communique est clair et transparent. A tel point qu’il arrive à « parler » même sans ouvrir la bouche. Qu’il suffise de rappeler ses fameux « silences », au début de son pontificat quand il a demandé à la foule de prier, l’année dernière à Auschwitz ou encore à Amatrice, lors de sa visite aux sinistrés du séisme. Il parvient à faire passer son message au-delà des mots. Et quand il a recours aux mots, il s’exprime de manière claire et concise. Cela, je crois, s’adapte bien au monde médiatique actuel. Les hommes d’aujourd’hui apprécient les discours brefs et clairs. Mgr Lucio Ruiz, Secrétaire du Secrétariat pour la Communication, a l’habitude de dire, en plaisantant, que le Pape ne parle pas, il twitte ! Parce qu’on peut facilement adapter son message au langage des réseaux sociaux. La transparence de son message, qui n’est pas seulement composé de paroles, mais aussi de son image, de sa personne, de son visage, de ses gestes, et son discours essentiel sans être superficiel  – Dans Evangelii Gaudium, il affirme que le message doit se concentrer sur ce qu’il y a de plus beau, de plus efficace, de plus nécessaire, sans perdre de sa profondeur – sont très bien accueillis par un public très vaste. Et il est clair que les médias ont tout intérêt à lui accorder une grande place. Aujourd’hui, le pape François est partout. Ils finiront même par le mettre sur des pages où on ne l’attend pas !

Faut-il s’en réjouir ? N’y a-t-il pas un danger dans cette médiatisation ?

Tout dépend de ce que l’on entend par médiatisation. Les chrétiens ne raisonnent pas en termes de stratégie médiatique, mais à partir de la révélation de l’amour du Père. Une vie vécue comme don de soi ne suit pas la stratégie de l’intérêt selon les critères du monde, mais une logique évangélique. Et la logique de l’Evangile, c’est que le Fils a été envoyé dans ce monde pour révéler l’amour du Père. Le Christ n’est pas un individu brillant qui attire les regards sur lui, c’est le Fils qui se donne afin que le monde découvre qu’il est aimé du Père. Et je pense que tout le monde peut voir que le pape François est un homme qui s’est donné complètement. Même les non-chrétiens sont frappés par ce que laisse transparaître son témoignage. Dans leurs commentaires sur @Franciscus (Instagram), des musulmans ont écrit par exemple : “Je crois que tu es vraiment un bon chrétien”. A travers lui, on peut voir Jésus-Christ, et c’est le rôle du pasteur de devenir un symbole, c’est-à-dire une réalité dans laquelle on découvre une réalité encore plus profonde.

Est-il possible de créer des synergies entre la communication universelle et la communication des Eglises locales ?

C’est justement l’une des tâches de la direction théologique et pastorale du Secrétariat pour la Communication : tisser des relations avec les Eglises particulières et avec les organisations catholiques engagées dans la communication. Nous sommes ici pour être disponibles à l’égard du système communicatif des églises particulières. C’est l’un des horizons les plus infinis de mon travail et je me réjouis de chaque rencontre : des petites gouttes qui concrétisent ces relations. Mais nous ne sommes qu’au début.

Romilda Ferrauto est journaliste accréditée auprès du Saint-Siège

4 ans pour réformer la communication Logo Radio Vatican

« Le pape François a institué le Secrétariat pour la communication pour que le système communicatif des médias du Vatican puisse répondre toujours mieux aux exigences de la mission de l’Eglise, explique encore Nataša Govekar. C’est le but principal : arriver de manière plus efficace aux destinataires. La question économique, la gestion du personnel …découlent de cet objectif. Les neuf institutions qu’englobe le Secrétariat ont un passé glorieux. Elles sont nées il y a longtemps, avec un but précis ; elles ont très bien servi. Mais aujourd’hui, les temps ont changé, avec l’avènement d’Internet notamment. Aujourd’hui, il y a un besoin urgent d’avoir un seul point de référence des médias du Vatican. De plus, la fragmentation entraînait des doublons ainsi qu’un éparpillement de la communication et de l’information. Du coup, les destinataires se sentaient désorientés et finissaient par aller chercher les informations ailleurs. Cette réforme est une tâche très exigeante, parce qu’on a justement affaire à des institutions qui ont un passé glorieux, et parce qu’il faut gérer 650 salariés, soit à peu près 12% du personnel du Vatican. C’est pourquoi, dans ce dicastère, aux côtés du Préfet et du Secrétaire, il n’y a pas un seul sous-secrétaire mais cinq directeurs qui aident à gérer les différentes étapes de la réforme sous des aspects différents : le département technologique, les affaires générales pour les questions administratives, etc. Nous sommes tous très heureux de cette réforme, mais il faut avoir beaucoup de patience. C’est une réforme progressive. La feuille de route prévoit que la fusion se fera en quatre ans. On ne voit pas encore les fruits de la « Terre promise », mais on ne peut pas revenir en arrière ».

Nataša Govekar est née en Slovénie. Après avoir complété ses études de théologie à Ljubljana, elle s’est inscrite à la faculté de missiologie de l’Université pontificale Grégorienne de Rome, où elle a présenté une thèse sur la communication de la foi à travers les images, à partir de la basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay. Depuis 2002, elle fait partie de l’équipe du Centre d’études et de recherche Ezio Aletti à Rome.

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