Des prêtres configurés au Christ par le sacerdoce

Benoît_de_Menou_largeurEn cette Semaine sainte – qui célèbre notamment le sacerdoce lors de la messe chrismale – nous avons demandé à cinq jeunes prêtres de témoigner de leur fidélité au sacerdoce et du défi qu’elle représente.

Père Benoît de Menou : « Mon combat est celui de l’espérance »

35 ans, vicaire et membre de l’équipe des vocations du diocèse de Grenoble-Vienne.

Ce qui a la plus bougé en moi depuis mon ordination ce sont mes convictions sur l’agir pastoral : elles ne suffisent pas pour être fécond. Mon combat est d’être dans la durée pour avancer ensemble avec les gens : c’est plus long que tout seul mais on va plus loin. Cela me fait mûrir par l’écoute, par plus de compréhension, d’humilité, de capacité à m’adapter, de fatigue, de patience. Bref, beaucoup de miséricorde envers chacun et envers moi-même : cela ne s’apprend que dans la pratique. Mon combat est donc celui de l’espérance : même si cela est difficile, je me bats pour tenir bon dans le don de moi-même de cette manière que je crois être celle de Jésus et que je découvre toujours plus. Ca vaut le coup et c’est ma joie ! Avec cet état d’esprit, je suis sûr d’avancer, quelles que soient les surprises de l’aventure. La phrase qui me guide en ce moment est : « Il effacera toute larme de leurs yeux. » (Ap 21, 4)

cédric_burgunPère Cédric Burgun : « Etre dans le monde sans être du monde »

37 ans, enseignant à l’Institut catholique de Paris et juge ecclésiastique, coopérateur en paroisse à Notre-Dame-des-Champs à Paris.

« Chaque jour, Jésus continue de me configurer à Lui dans le sacerdoce, et ce, depuis près de 10 ans ! Chaque jour est un jour nouveau ; chaque jour est l’occasion de lui redire ce « oui ». Et je comprends là un peu plus que la question n’est tant celle de mon bonheur, que d’essayer de ressembler toujours un peu plus au Christ dans ma mission.
Au fond, à travers une vie donnée dans le sacerdoce (et je le dis humblement évidemment), c’est bien le Christ qui interpelle le monde : le sacerdoce est le signe que Jésus nous appelle tous à vivre de Lui ; le célibat signifie le don total possible d’un cœur à l’Amour de Dieu ; autrement dit, le sacerdoce dont il a revêtu de pauvres hommes est un signe de sa présence en ce monde ! Mais c’est un combat au quotidien : accepter de ne pas vivre « comme le monde ». La parole de Jésus, au soir du Jeudi saint, est toujours plus actuelle : être dans le monde sans être du monde (Jn 17, 16) ! Ce que le Christ a vécu, même dans le dénigrement, nous le vivons pareillement : le sacerdoce est aussi un signe de contradiction du monde. N’ayons pas peur !
Vivre du sacerdoce, selon moi, revient déjà à vivre ce pourquoi nous sommes faits : enseigner les foules, soigner et panser les plaies, apporter la paix et la miséricorde de Dieu, notamment à travers les sacrements. Le prêtre ne peut être un gestionnaire de la grâce ; mais la dispenser ! Je m’épuise lorsque je m’éloigne de cette mission fondamentale ; je vis lorsque je m’y donne. Telle est ma conviction profonde.

frère  Jean-Alexandre de GaridelFrère Jean-Alexandre de Garidel : « En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire »

37 ans, carme déchaux à Paris, ordonné prêtre le 7 juin 2014.

Au Carmel, le ministère est vécu comme un service dans un appel qui reste toujours premier, celui d’être un frère enraciné dans la vie de prière et de communauté et donné dans un apostolat d’accompagnement de la vie spirituelle des baptisés. Pour ma part, je travaille beaucoup avec des étudiants et jeunes professionnels.

L’ordination n’a pas changé ma vie comme celle d’un séminariste ; elle advient dans un cadre de vie religieuse qui était déjà en place avant. Mais bien-sûr, j’ai reçu une marque sacerdotale particulière : célébrer la messe, prêcher, confesser, etc. sont des actes qui travaillent ma vie carmélitaine. Je retiens deux aspects : une grâce de paternité spirituelle et une configuration particulière au Christ grand prêtre qui m’appellent à de moins en moins me posséder et à donner ce que je reçois.

C’est l’obéissance vécue dans les rencontres avec mes Supérieurs qui est le repère majeur pour protéger ma fidélité à suivre le Christ. En ces moments difficiles pour l’Eglise en France, je prie beaucoup avec cette phrase de Jésus : « En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15,5) Oui, si je me coupe de son amitié quotidienne, je suis capable de « commettre tous les crimes possibles ». Mais la confiance en sa Miséricorde donne des ailes. Tout réside dans un subtil dosage d’audace et d’humilité comme nous le dit sainte Thérèse d’Avila : c’est au jour le jour, avec l’Esprit Saint, que cet équilibre s’invente !

Olivier_SachePère Olivier Scache : « Garder sa place de disciple : derrière le Maître »

43 ans, prêtre du diocèse de Paris.

Pour rester fidèle au Christ, ne pas affaiblir la foi et la confiance de ceux vers qui Dieu m’envoie, par mon doute ou ma lâcheté, j’essaye humblement de me convertir un peu plus chaque jour. C’est là une exigence fondamentale de l’Évangile adressée à tous les hommes (Mc 1,15), plus encore aux baptisés et sans aucun doute aux prêtres. Si nous avons le devoir d’aider les autres à se convertir, nous devons agir de même et continuellement en ce qui concerne notre propre vie… c’est épuisant, croyez-moi !

Pour un prêtre, se convertir signifie d’abord retourner à la grâce même de sa vocation propre, méditer l’infinie bonté et l’amour infini du Christ qui s’est adressé à lui en l’appelant par son nom : « Suis-moi ». Il me semble que se convertir veut dire aussi, pour un serviteur du Christ et un intendant des mystères de Dieu, rendre compte de son service, de son zèle, de sa fidélité comme de ses négligences, de son péché, de son manque de foi et d’espérance, de sa façon de penser trop humaine et insuffisamment à la manière de Dieu… Ai-je laissé suffisamment souvent retentir en moi l’avertissement du Christ à Saint Pierre lui-même après sa profession de foi (Mt 16,23), comme celui lancé brutalement à Saint Paul sur la route de Damas (Ac 9,5 ) ? Si ces deux colonnes de l’Église ont pu se fourvoyer en pensant pourtant servir Dieu, combien un jeune prêtre doit rester prudent et garder sa place de disciple : derrière le Maître.

Richard_LukaszewskiPère Richard Lukaszewski : « Au service de la communion »

41 ans, prêtre du diocèse de Troyes, vicaire à Nogent-sur-Seine.

Ordonné prêtre pour le diocèse de Troyes en 2013, j’exerce mon ministère comme vicaire en monde rural dans un ensemble paroissial d’environ 9500 habitants avec, principalement, l’accompagnement des jeunes de l’éveil à la foi aux lycéens. Mon ministère se déploie aussi auprès  des jeunes collégiens du monde rural comme aumônier diocésain, comme délégué diocésain pour la préparation des Journées Mondiales de la Jeunesse, comme membre dans l’équipe de la formation permanente des prêtres.

Ma courte expérience dans le ministère renforce une conviction : le prêtre est au service de la communion. La communion est le chemin pour goûter la joie de croire et être de vrais témoins du Christ. C’est à la fois une conviction mais aussi une question permanente : comment faire en sorte de vivre cette communion ? Car elle est toujours à faire. Et c’est dans ce sens que des combats sont à mener pour rester fidèle. Car tout ce qui va contre la communion est signe de division, avec le risque de se décourager. Dans les moments difficiles de l’Eglise, la communion doit être renforcée. Il y a eu des scandales, il y en a encore malheureusement. Mais ce serait aussi un scandale de ne plus annoncer l’Evangile !

Saint Jean Paul II disait aux jeunes des JMJ à Toronto en 2002 : « Si vous aimez Jésus, aimez l’Église ! Ne vous découragez pas devant les fautes et les manquements de certains de ses fils ! » Je garde ceci à l’esprit : « Soyez unis les uns aux autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres. Ne ralentissez pas votre élan, restez dans la ferveur de l’Esprit, servez le Seigneur, ayez la joie de l’espérance, tenez bon dans l’épreuve, soyez assidus à la prière. » (Rm 12, 10)

 

 

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