Envoyés comme Missionnaires de la Miséricorde

Ils faisaient partie des centaines de prêtres du monde entier choisis par leurs évêques pour être établis par le pape François lors de la messe du Mercredi des Cendres, le 10 février 2016 à Rome. Portraits de quelques-uns de ces missionnés en tant que « témoins privilégiés dans leur Eglise locale du caractère extraordinaire de l’événement jubilaire ». Par Chantal Joly.

Olivier_de-Saint-MartinFrère Olivier de Saint-Martin : « La Miséricorde, réponse divine au mystère du Mal »

Le sacrement de la Réconciliation lui est précieux. D’abord, déclare-t-il : « Je sais ce que je lui dois en tant que « confessé »». Parce qu’il est Dominicain – longtemps appelé Ordre des prêcheurs de la Miséricorde – et puis aussi parce que c’est la formule de sa profession religieuse : « Que demandez-vous ?  – La Miséricorde de Dieu et la vôtre ». Toutes ces dimensions, il essaye de les vivre et plus particulièrement dans « un haut-lieu de Miséricorde », Lourdes, en dirigeant le Pèlerinage du Rosaire depuis 2009. « Bernadette, explique-t-il, a connu toutes les pauvretés et les misères humaines : un père qui buvait, le chômage, l’illettrisme, la moquerie, la maladie, la pauvreté, les fausses accusations… Lourdes est un lieu de la réponse de Dieu au mystère du Mal et donne cette joie qu’on expérimente lorsqu’on y vit un pèlerinage ». « Les confesseurs, ajoute le prieur du couvent des Dominicains de Toulouse, ne sont pas de simples écoutants extérieurs. Un lien pénitent-confesseur se noue et nous avons  à porter devant le Seigneur le poids de leur vie. Je lui ai pardonné, mets-le sur mon compte, nous disait le Pape à Rome ». Oui, rappelle-t-il, « le pardon est une des expressions de la Miséricorde ».

Frère Olivier dit avoir été « touché » par la bulle d’Indiction du Jubilé et par cette insistance du Pape à « panser les plaies […] et à les soigner par la solidarité et l’attention » car sinon, dit-il, « on serait dans la non-assistance à personne en danger ». « Dans la miséricorde (…) il y a aussi le devoir de la soulager, dès lors que je le peux ». Souvent confronté en tant qu’accompagnateur spirituel à « l’impuissance génératrice de colère que provoque un monde abreuvé de nouvelles anxiogènes et de violence, la Miséricorde, affirme-t-il, est la seule réponse nous puissions apporter; c’est-à-dire regarder la misère comme si c’était la mienne et combattre le mal qui en est la source.» C’est au nom de cette passion de la Charité qu’il s’est porté candidat pour être Missionnaire de la Miséricorde en se rendant disponible aux demandes.

Thierry-François_ de_Vrégille

P. Thierry-François de Vregille : « Prendre la misère de l’autre comme sienne »

C’est une conférence qui lui a fait comprendre, étudiant, que « la Miséricorde est le cœur du christianisme et le cœur de Dieu ». D’où son mémoire en 5ème année de théologie sur ce sujet. D’où, en 2015, la parution de son livre La Miséricorde au cœur de Dieu (Ed. Parole et Silence) dans lequel il évoque comment celle-ci « a traversé toute la vie du Christ » et dont la couverture évoque le Père de la parabole du Fils Prodigue, ouvrant ses bras au lieu de juger et de condamner.

Le Père de Vregille a eu « la chance de bien connaître, à Rome puis à Calcutta, celle qui est le meilleur exemple de la miséricorde en actes : Mère Teresa ». Il a désiré poursuivre un projet qu’elle n’avait pas pu mener à bien : celui d’une communauté pour lutter contre la pauvreté spirituelle de l’Occident. Refondateur en France de la « Fraternité de la Parole », il a été accueilli en 2011 à Avignon par Mgr Cattenoz. C’est là, « dans sa fraternité, en priant, en lisant la parole de Dieu et en accueillant des personnes en recherche » qu’il dit « vivre tous les jours la Miséricorde ».

Ancien aumônier de prison, d’hôpital et des gitans, le Père de Vregille a toujours été heureux de pratiquer « l’acte très beau de pardonner » ; sacrement qu’il exerce aujourd’hui régulièrement lorsqu’il répond aux demandes de ses confrères du diocèse. C’est lui qui va préparer les méditations du chemin de croix du Vendredi Saint dans Avignon. Il va également animer une journée de retraite avec un groupe de prêtres. Sollicité par une catéchiste pour parler dans des classes de 3ème, il s’efforce de traduire à des jeunes cette notion si riche de la Miséricorde : « avoir le cœur sensible au malheur et au péché de l’autre et les prendre comme siens ».

Frère_Christophe-Marie_portraitdefPère Christophe-Marie :  » Pardonner, c’est aimer  »

Des paroles du Pape entendues à Rome le Mercredi des Cendres, il a retenu « son exhortation à la qualité d’écoute : regarder le désir de pardon dans le cœur du pénitent, respecter sa pudeur, être attentif au langage des gestes de ceux qui ont du mal à s’exprimer…». Père Christophe-Marie, vicaire de la paroisse Sainte-Cécile de Boulogne dont la Communauté Saint-Jean a la charge, est l’un des cinq prêtres proposés comme Missionnaires de la Miséricorde par Mgr Aupetit, l’évêque de Nanterre. Cette mission, il la comprend comme un appel à « être davantage confesseur cette année ». Une expérience acquise au fil des années : aîné de sa communauté, il en est le prieur et il a vécu 7 ans dans ce « très bel endroit de la conversion par la confession » qu’est Notre-Dame du Laus, dans le diocèse de Gap et d’Embrun. « Pardonner, c’est aimer mais l’amour de Dieu ne se réduit pas à la Miséricorde. Être miséricordieux est l’une des manières d’aimer », précise le Père Christophe-Marie. Observant que « lors de ses rares apparitions Jésus parle toujours de la Miséricorde » et que le pape François, rejoignant Jean-Paul II, insiste sur ce thème, il rappelle que « pour être vraiment vivants, nous avons besoin d’être sauvés ; c’est absolument central dans l’histoire de chacun sur la terre». Sa définition de la Miséricorde ? « On découvre que nous avons des misères et que nous avons besoin d’un secours pour en sortir. Parmi ces misères, il y a le péché que seul Dieu peut pardonner ».

En cette année jubilaire, il souhaite être davantage disponible pour les confessions. Une veillée avec invitation à la confession en présence d’une dizaine de prêtres est prévue sur la paroisse. Face à l’incompréhension de certains quant au sens du sacrement de réconciliation, père Christophe-Marie comprend qu’il faut expliquer, enseigner, éclairer sur ce besoin de la miséricorde ; par ailleurs « il ne faut pas attendre la confession mais demander pardon à Dieu, il faut demander pardon à Dieu tout de suite, ou du moins le plus vite possible, avant même de le dire en confession, on doit vivre habituellement de la Miséricorde». Il s’efforce quant à lui dans tout son ministère « de faire goûter la tendresse du Père ».

Cesareo_Escarda_captureP. Cesáreo Escarda : « Donner aux jeunes la mission d’annoncer la Miséricorde »

Au Chili, il lui arrivait de confesser pendant des journées de 12 heures « des personnes de tous les horizons aux fardeaux parfois lourds ». Pour le Père Cesáreo Escarda, prêtre depuis 8 ans sur Avignon, transmettre la Miséricorde de Dieu afin de « le laisser aimer les autres à travers nous » reste une grande mission. Et il témoigne avoir été bouleversé, en juin 2015, en méditant au cours d’une retraite l’encyclique de Jean-Paul II, La miséricorde divine. Au point que ce texte est devenu « le fil rouge de sa vie de prière ». Aussi, au lancement de l’Année sainte de la Miséricorde, le Père Cesáreo s’est-il senti « appelé pour qu’elle soit connue ». Il s’est adressé à l’archevêque d’Avignon, Mgr Jean-Pierre Cattenoz. Depuis, il intervient dans des paroisses pour en parler à partir de textes bibliques et de séquences de films (Mission et Les Misérables) dans lesquels se vit un épisode très fort de pardon. Le père Cesáreo, qui a entendu l’appel du Pape François à pratiquer la créativité de la charité, ne manque pas d’idées pour que les jeunes la découvrent et la transmettent. Prêtre référent pour l’Enseignement catholique, il coordonne notamment un jeu-concours invitant lycéens et collégiens à évoquer la Miséricorde dans une plaidoirie, un chant, un texte ou une vidéo. Il organisera au printemps deux missions, dans deux établissements scolaires, avec des temps d’enseignement et de proposition du sacrement de la Réconciliation. Il aimerait que des laïcs, et spécialement des jeunes partant aux Journées Mondiales de la Jeunesse, soient aussi désignés symboliquement comme Messagers de la Miséricorde.

 

Des hérauts de la joie du pardon logo_jubilé_miséricorde

Le rôle des missionnaires est décrit dans la bulle Misericordiae vultus, au nº18. Il faut en particulier souligner que les missionnaires devront être :
1. Signe vivant de la façon dont le père accueille ceux qui sont à la recherche de son pardon.
2. Instruments auprès de tous d’une rencontre riche en humanité, source de libération, lourde de responsabilité afin de dépasser les obstacles à la reprise de la nouvelle vie du Baptême.
3. Guidés par les mots : « Dieu, en effet, enfermé sous les hommes dans le refus de croire pour faire à tous miséricorde » (Rm 11, 32).
4. Prédicateurs convaincants de la miséricorde.
5. Hérauts de la joie du pardon.
6. Confesseurs accueillants, plein d’amour et de compassion, attentifs aux difficultés particulières de chacun.

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