« Les Mexicains ont Dieu dans la tête et le cœur »

Mexique_soeursLes Sœurs de l’Instruction chrétienne de Saint-Gildas-les-Bois suivront avec attention le voyage du pape François au Mexique (12-18 février 2016). Rentrées en 2015 en France, après des années de présence dans ce pays, sœurs Jeannette Garreau, Jacqueline Flamon et Nicole Sachot témoignent de ce qu’elles y ont vécu et évoquent aussi les défis qui attendent cette Église. Par Chantal Joly.

Interpellée pour la Mission au Mexique en 1997, ce fut, à 50 ans pour sœur Jeannette, le départ d’une riche aventure. Dans la Sierra de Tehuantepec, au Sud du pays, elle a rejoint des sœurs qui vivaient là depuis la fondation en 1990. Bénéficiant de leur expérience, elle s’est formée à la médecine par les plantes, avant d’enseigner elle-même ce savoir local. Elle exerça cette forme de présence pendant 10 ans dans la montagne. Comme infirmière, elle accompagna les villageois « de la naissance à la mort »;  puis pendant 6 ans en banlieue de Mexico, continua la même forme de présence en faisant naître des groupes de santé.

Arriver au Mexique, c’était « naître à une autre vie » : apprendre l’espagnol, connaître un autre rythme de vie, s’inculturer dans tout ce qui fait la vie au quotidien, entrer dans une autre façon de vivre la Foi à travers la religiosité populaire…

L’évêque qui avait appelé les sœurs leur disait : « Ne venez pas pour avoir des vocations ». De fait, sœur Jeannette n’a connu qu’un jeune natif de Quiegolani se préparer au sacerdoce et devenir prêtre diocésain. De même, une jeune est entrée dans une congrégation diocésaine. Le peuple mexicain est très religieux et fait spontanément  référence à Dieu (« Gracias a Dios « ,  » Dios es grande « ). Il a une grande dévotion à la Vierge de Guadalupe, elle est très présente  » dans le cœur et la vie  » des gens,  et tous ceux qui le peuvent  vont à la basilique la visiter et la prier.

Revenue en Loire-Atlantique depuis un an, ce peuple lui demeure présent et elle sera très attentive à la prochaine visite du pape François au Mexique (12-18 février 2016).

Un peuple très religieux

« J’ai été admirative de sa foi ainsi que de l’intelligence des femmes souvent piliers dans la communauté du village et dans la transmission de la foi» témoigne Sœur Jacqueline. Elle est aujourd’hui en communauté en Seine-Saint-Denis, après avoir servi douze ans l’Église mexicaine dont six ans à Iztapalapa, une banlieue de Mexico, auprès de malades alcooliques et de travailleurs aux droits souvent bafoués. Elle en garde deux souvenirs marquants : les résultats angoissants d’une enquête révélant que des ouvriers avaient vu que leurs gains couvraient à peine l’achat des produits de base pour se nourrir et le drame de l’effondrement d’une mine.

Sœur Nicole reste très marquée, pour sa part, par les communautés de base, supports de la vie diocésaine à laquelle elle a participé dans l’isthme de Tehuantepec. Le partage de la Parole de Dieu était moteur pour la vie des quartiers, suscitant une solidarité qui allait parfois jusqu’à une organisation. C’est dans ce contexte qu’une pastorale pénitentiaire a pris forme. Sœur Nicole raconte que l’évêque, Mgr Arturo Lona Reyes, avait fait inscrire sur les murs de la prison  » J’ai perdu ma liberté, pas ma dignité ». Les prisonniers se sont alors transformés en acteurs de leur vie en devenant relais de santé, responsables juridiques, créant une bibliothèque, etc.

Toutes les trois évoquent le flux migratoire vers les États-Unis. « À l’intérieur du pays, dans certains villages , témoignent-elles, il ne reste plus que des grands-mères et des enfants avec des jeunes qui lâchent leurs études pour partir aux États-Unis» mais il y a aussi cette traversée des migrants d’Amérique centrale dans des conditions extrêmement périlleuses. Les trois religieuses françaises espèrent beaucoup des déclarations du Pape François sur ce problème, de même que sur la violence qui continue de gangrener le pays.

Elles se disent certaines que ce pape latino-américain qui était au sanctuaire d’Aparecida (Brésil) en 2007 pour la 5ème Conférence générale de l’épiscopat d’Amérique latine et des Caraïbes saura « avoir des propos qui concordent bien au pays et qui seront percutants». Après le voyage de Jean-Paul II en 1999, les Mexicains suivront avec passion le voyage de ce Pape-frère « dont l’élection les avait réjouis et qui valorise la simplicité, y compris au niveau de la foi». Pour leur part, elles sont « heureuses de la perspective de cette visite ».

Les étapes du voyage papal

Samedi 13 : Cérémonie officielle à Mexico au palais national, discours aux corps constitués et au corps diplomatique, rencontre avec le président Enrique Pena Nieto puis avec l’épiscopat, messe dans la basilique de Notre-Dame de Guadalupe où la Vierge Marie est honorée comme patronne des Amériques.

Dimanche 14 : Ecatepec. Messe (homélie et angélus) puis retour à Mexico pour visiter un hôpital pédiatrique, allocution au monde de la culture.

Lundi 15 : Tuxtla Gutiérrez-San Cristobal de Las Casas. Messe pour les communautés indigènes de l’État du Chiapas puis retour à Tuxtla Gutiérrez pour une rencontre au stade avec les familles.

Mardi 16 : Morelia. Messe en présence des prêtres et des séminaristes, des religieux et des consacrés. Passage à la cathédrale puis le Pape s’adressera à la jeunesse mexicaine.

Mercredi 17: Ciudad Juarez, à la frontière avec les États-Unis, point central du narcotrafic au Mexique, visite d’une prison et rencontre avec le monde du travail. Messe au centre des expositions.

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