Synode des Evêques : les évêques français témoignent

A l'ouverture de l'Assemblée plénière le mardi 4 novembre, le cardinal André Vingt-Trois a tenu à évoquer ces trois semaines "d'échanges intenses sur la vitalité de l'Église à travers le monde" et cette "véritable expérience de la communion ecclésiale". Un synode qui a permis aux 253 pères synodaux de recueillir "les fruits de la fécondité de la Parole de Dieu et de partager les espérances et les épreuves de l'évangélisation sur les cinq continents".

Le rabbin Shear-Yashuv Cohen au Synode des évêques 2008


Les évêques français présents ont ensuite partagé avec l'Assemblée plénière leurs impressions de ce synode vécu comme un temps fraternel et spirituel lors d'un échange sur des sujtes d'actualité.

Six Français étaient présents parmi les 253 Pères synodaux participant à la XIIème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques. Elle s'est déroulée du 5 au 26 octobre, sur le thème « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Église ».
Quatre évêques étaient délégués par leurs pairs : le Cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, Mgr Emmanuel Lafont, évêque de Cayenne, Mgr Francis Deniau, évêque de Nevers, et Mgr Pierre-Marie Carré, archevêque d'Albi. Le Cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, et le Cardinal Albert Vanhoye, sj, recteur émérite de l'Institut biblique pontifical, avaient été nommés par le pape Benoît XVI.

 

Qu'ont-ils découvert ?

Les évêques ont été sensibles au rôle de soutien de la Parole dans la persécution. Et de citer l'exemple des chrétiens d'Inde, d'Irak ou ceux des pays de l'Est, sous la dictature soviétique. « La Parole de Dieu permet aux chrétiens de nourrir leur foi quand il leur est très difficile de se réunir avec d'autres » retient Mgr Carré.

« Le fondamentalisme (...) prend le texte au pied de la lettre comme s'il avait été écrit pour nous et dans notre culture. Sous prétexte de fidélité au texte, cela mène fatalement à bien des contre-sens » regrette Mgr Deniau. Pour Mgr Lafont, les recherches exégétiques sur la Parole sont un rempart contre le danger du fondamentalisme et ses dérives sectaires, qui se répandent notamment en Amérique latine.

Plusieurs évêques ont été marqués par la présence de témoins d'autres religions : le rabbin Shear-Yashuv Cohen, rabbin d'Israël, et Bartholoméos 1er, patriarche œcuménique de Constantinople. « J'ai apprécié l'apport sur le rôle des Pères de l'Eglise et de saints dans la connaissance de la Parole de Dieu » écrit à ce sujet Mgr Lafont.

Le témoignage des femmes en a touché plus d'un, dont Mgr Deniau, pour qui elles ont « une façon particulière, et particulièrement riche, d'écouter et de transmettre. Dans la lecture de la Parole, dans la transmission familiale, dans la catéchèse, dans la théologie. Nous l'avons senti aussi dans les paroles des auditrices ».

Quel message souhaitent-ils transmettre ?

Mgr Carré : « Lisez la Parole de Dieu ! Une phrase a été citée plusieurs fois et reprise dans les propositions finales du Synode. Elle est d'un Père de l'Eglise, St Cyprien : « Quand tu pries, tu parles à Dieu. Quand tu lis les Saintes Ecritures, c'est Dieu qui te parle ». Lire la Parole de Dieu, la mettre à l'honneur, dans la maison, dans les églises. La lire, la prier et en vivre ! »

Mgr Lafont : « Je veux inviter à lire et à travailler ensemble le message final mais surtout à entrer dans la Lectio Divina de la Parole de Dieu (...) Les méthodes sont secondaires, ce qui ne l'est pas, c'est l'attitude du coeur qui désire rencontrer le Seigneur dans sa parole et qui est disposé à l'écouter et à le suivre. Je veux inviter à tout faire pour que les prêtres donnent du temps pour entrer, vraiment, dans la lecture priante, savoureuse, "goûteuse" de la Parole de Dieu ».

Mgr Deniau : « Jésus parlait de ce qui a été caché aux sages et aux instruits, mais révélé aux tout-petits. Les meilleurs lecteurs ne sont pas les spécialistes, mais celles et ceux qui se laissent toucher, déranger, instruire. Ils lisent à la manière que Jésus avait promise : "L'Esprit Saint vous enseignera tout, il vous fera entrer dans l'intelligence de tout ce que je vous ai dit". Aujourd'hui comme toujours, les Écritures saintes sont à lire grâce à ce même Esprit qui les a fait écrire... »

Quels moyens ?

Pour Mgr Carré qui s'est senti confirmé et encouragé dans ce qu'il a entrepris depuis plusieurs années dans son diocèse, l'année Saint Paul est un temps à investir. « Dans l'immédiat, c'est l'année paulinienne qui va nous aider à proposer un certain nombre de passages de Saint Paul au travail de groupes. Mais il y aura bien d'autres initiatives à prendre, dans la catéchèse, dans la formation des adultes, dans la vie paroissiale, auprès des jeunes, auprès des acteurs de la solidarité ou de la charité, etc » confirme Mgr Deniau.

Pour son diocèse de Cayenne, Mgr Lafont s'est lui aussi fixé des objectifs, notamment la diffusion de la Bible. « Nous en avons déjà répandu 12 000, depuis le mois de janvier 2008 ». Il désire aussi « faire de l'homélie un éclairage sur la Parole, afin que de plus en plus de catholiques se sentent conviés à aller "boire à la source" ».

Enfin, il invite à « donner du temps à l'accueil et à la Prière sur et dans la Parole de Dieu » comme préalable à toute rencontre. « Faisons nous aussi en sorte que la Parole soit au coeur de notre vie et de nos rencontres, compte rappeler Mgr Lafont à ses frères évêques. Que pendant les assemblées plénières, nous puissions nous aussi, entre nous, entrer dans la "lecture priante" et l'oratio divina sur la Parole ».

Regard du cardinal Vingt-Trois sur le synode

La mise en valeur de la Parole de Dieu dans la vie des communautés appelle certainement un renouveau de la diffusion de la Bible auprès des chrétiens et un développement des moyens de formation à la lecture priante des Saintes Écritures, à travers le monde et donc chez nous. Les risques de lectures fondamentalistes par des groupes à tendances sectaires supposent une meilleure capacité de la lecture de l'Écriture en Église et de son interprétation. Nous avons mesuré que la Constitution conciliaire Dei Verbum avait besoin d'être à nouveau étudiée et mise en œuvre, tout particulièrement dans la dimension théologique de l'interprétation biblique. Faut-il rappeler que quarante ans représentent une génération ? Pour beaucoup de chrétiens, le Concile fait partie des événements de l'histoire. Nous avons à actualiser son message. La formation des prêtres et des laïcs doit mieux s'appliquer à l'articulation entre une exégèse historique et une véritable lecture théologique des Écritures. Cet objectif suppose une recherche systématique dans l'élaboration pédagogique et une collaboration étroite et habituelle entre les exégètes et les théologiens. Le message des Pères synodaux est un vibrant appel à investir nos forces dans ce champ apostolique.

Sans doute l'écho médiatique de cet événement n'a-t-il pas été à la hauteur de l'expérience vécue autour de Benoît XVI. Les préoccupations de l'équilibre économique mondial ont éclipsé une réflexion qui débordait de toute part les cours de la bourse. Mais à l'échelle du temps, du monde et des attentes des hommes, qui saura ce qui aura le plus d'effet ? Dieu qui s'adresse à l'humanité lui apporte une espérance qui peut lui permettre de surmonter les péripéties de l'histoire et lui ouvrir un avenir plus assuré que les fluctuations économiques.

Discours d'ouverture
de l'Assemblée plénière, novembre 2008

 

Le cardinal Barbarin en interview sur la Web TV / lyon fourvière



Le cardinal Philippe Barbarin à Rome le 24 octobre 2008, au terme du synode consacré à la Parole de Dieu : bilan et perspectives.

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